La lumière de l’espoir brille a la foire culturelle tibétaine de Montréal

Peter Hadekel

Pendant une fin de semaine froide à la fin de l’automne, le Comité Canada Tibet a tenu sa 25e foire culturelle annuelle dans la salle paroissiale de l’Eglise Santa Cruz à Montréal.

Malgré le froid à l’extérieur, l’ambiance au bazar était chaleureuse et accueillante, alors que des marchands vendaient de l’artisanat, des textiles, des bijoux, des vêtements tibétains, ainsi que des articles bouddhistes, pendant que des artistes interprétaient des chansons et des danses tibétaines sur scène.

C’était non seulement l'occasion d’acheter des cadeaux pour la période des fêtes, mais aussi de soutenir le peuple Tibétain dans leur longue lutte contre l’oppression chinoise.

C’était également une occasion de rencontrer les marchands qui se trouvaient sur place, dont tous avaient une histoire à raconter à propos de la marchandise et du voyage qui les a amené ici.

Tenzin Choegyal, de Toronto, était typique des marchands à la foire. Il y assiste depuis huit ans, et il souligne l’importance de cet événement, non seulement pour lui, mais pour l’ensemble de la communauté.

“Une fin de semaine comme celle-ci est très importante pour mon commerce. Je vends de l’artisanat, and j’ai un petit magasin à Toronto. Toute la marchandise est faite par des réfugiés Tibétains au Népal et en Inde, mais c’est difficile de survivre à cause des marchandises chinoises qui entrent au pays.”

Ses parents sont nés dans l’est du Tibet et se sont enfuis en Inde, où il est né. A l’âge de 21 ans, il est arrivé en Amérique du Nord. Il est arrivé d’abord à New York, et s'est établi ensuite à Toronto.

“Cet événement est très important puisqu’il permet à la communauté de prendre conscience du Tibet,” dit-il avec fierté.

A côté de lui se trouvait un jeune marchand qui ne voulait pas donner son nom parce que ses parents sont encore au Tibet, où la répression chinoise devient de plus en plus sévère.

Son père a été emprisonné par les Chinois à Lhasa à l’âge de 16 ans. “Mon père était en prison pendant 10 ans. Plus tard, ma mère est allée à Lhasa, et ils se sont rencontrés. Je suis né là-bas, et à l’âge de 12 ans je me suis enfoui par le Népal jusqu’en Inde.”

Il évoque les difficultés de ce voyage au cours duquel il fallait traverser les cols himalayens pendant 27 jours. Au milieu du voyage, le groupe a commencé à manquer de nourriture. Et lorsqu’ils se sont approchés de la frontière du Népal, ils courraient constamment le risque que des soldats ou des policiers les voient et les dénoncent aux forces de sécurité chinoises.

“C’était la première fois de ma vie que je n'avais rien à manger, mais dans mon groupe tout le monde a survécu, bien que beaucoup de personnes ont eu des engelures.”

Il est arrivé au Canada en 2007, et est déménagé à Toronto, où il a ouvert un magasin d’artisanat. Mais la communication avec sa famille au Tibet est difficile. Parfois quand il essaie d’appeler au Tibet, la communication ne peut être établi ou il entend le son de quelqu’un qui d’autre qui parle sur la ligne, ce qui fait qu’ils ne peuvent jamais parler de politique. “On ne peut pas mentionner le nom du Dalaï Lama. Ils ont peur. On sent que c’est difficile de parler.”

Phurbu Risnewa, qui vend des chemises tibétaines, de l’encens, des drapeaux de prière, des châles et des bijoux, a poursuivi un autre chemin vers le Canada. Il est né au Tibet et s’est évadé avec sa famille à travers le Bhutan quand il avait 11 ans. Son père avait une vie difficile et a travaillé avec des équipes de construction routière en Inde. Finalement, ils se sont établis près de Dharamsala, où pendant les années soixante le jeune Phurbu a étudié la musique traditionnelle tibétaine à TIPA, le Tibetan Institute of Performing Arts. Il a maîtrisé plusieurs instruments, et plus tard on l’a invité à jouer à travers le monde, notamment en Europe et en Amérique du Nord.

Après une trentaine d’années à Dharamsala, “le Comité Canada Tibet m’a invité à venir au Canada en 1989 pour enseigner la musique et la danse tibétaine, et je suis resté ici. J’ai trouvé un petit emploi, et j’ai fait un peu d’argent afin de pouvoir faire venir ma famille.”

Il continue à visiter régulièrement l’Inde pour acheter les articles qu’il vend. Il trouve que des événements comme celui-ci jouent un rôle important dans le renforcement de la culture tibétaine qui subit des menaces constantes.

Cette culture est reflétée dans la belle papeterie du marchand Phurbu Tsering, qui est né au Népal de parents Tibétains. "Nous nous spécialisons dans le papier himalayen écologique fait à la main, ainsi que dans les cartes de voeux, les cartes de drapeaux de prière, les cahiers de différentes dimensions et le papier en feuilles," dit-il. "Tous nos produits ont un design tibétain."

Il y a également des articles pour la méditation, tels que les bols chantants et des chapelets de bois de santal et de palissandre. "Nous devons vérifier soigneusement les sources de nos produits à cause de toutes les marchandises chinoises." Il retourne au Népal aux deux ans environ pour visiter sa famille et pour acheter des produits authentiques.

Il explique que le papier, qui vient de l'arbre lokta, s'appelle aussi du papier népalais, parce que l'arbre pousse au Népal. "Lorsque l'arbre mesure de quatre à six pieds, on enlève l'écorce de l'arbre. On la fait cuire et on la lave. Cela prend beaucoup de temps. Ensuite, on la filtre à l'aide d'une passoire, et on la sèche.

"Plus tard, dans cinq à six ans, l'arbre se régénère. Ce papier figure dans notre histoire. Nos livres de prière les plus anciennes sont faits de ce type de papier. Une des plus grandes bibliothèques au Tibet, qui n'a pas encore été détruite par les Chinois, a une presse, et ils ont utilisé beaucoup de ce genre de papier. C'est durable parce que les insectes ne le mangent pas. "

Emma Inns, une marchande d'Ottawa, n'est pas Tibétaine, mais le Tibet lui tient à cœur. Elle est propriétaire d'une boutique qui vend des vêtements, des bijoux et des accessoires équitables fabriqués au Canada--un commerce inspiré de son désir d'éviter de vendre des produits chinois. Elle vend également des marchandises qui viennent directement du Tibet.

"J'ai vécu au Tibet en tant que guide touristique de 2003 à 2007. J'ai travaillé pour une compagnie australienne. Nous allions dans les communautés pour vérifier si les gens voulait du tourisme et pour trouver une façon d'amener des touristes pour en apprendre plus sur la culture, l'environnement naturel et leurs vies, sans avoir un impact négatif sur les communautés."

Elle est restée ave des familles nomades, en faisant du camping dans leurs tentes, et elle les a aidé avec leurs troupeaux de yaks. Peu à peu, elle a commencé ses propres programmes de microcrédit pour aider les femmes à sortir de la pauvreté. Elle a acheté une machine à coudre et a demandé aux femmes des communautés de nomades si elles voulaient apprendre à coudre.

"Six femmes se sont présentées en réponse à cette invitation, et nous avons fait un cours de couture. Nous avons fait un chemin de table, et tout était financé par un prêt. Le mois suivant j'ai amené un groupe de touristes, et je leur ai demandé, 'Qui voudrait acheter ceci?' Nous avons fait assez d'argent pour acheter le matériel pour faire deux autres chemins de table. Le projet a continué à grandir, et nous avons maintenant 120 travailleuses dans trois villages d'Amdo." Elle travaille aussi avec une grande coopérative à Lhasa qui est tibétaine à 100%, et elle achète de l'artisanat de diverses personnes dans la Région autonome du Tibet.

Ces projets ont amélioré la qualité de vie des artisans, mais ils ont dû apprendre à gérer l'afflux d'argent. "Quand je restais dans les prairies tibétaines, j'ai vu un yak qui transportait une énorme télé sur son dos, et j'ai pensé 'ah, non, j'ai fait une erreur'. Alors, nous sommes retournés dans les communautés, et j'ai fait de l'éducation sur des façons durables de dépenser cet argent et de l'éducation sur les animaux, le bétail, et les enjeux environnementaux. Alors, nous avons tout révisé, et maintenant ça va très bien."

Emma travaille avec une amie de l'Australie; ensemble elles utilisent des profits de la vente de marchandises tibétaines pour aider à financer des chirurgies essentielles pour des enfants Tibétains. "J'ai des photos d'enfants qui ont des malformations vertébrales importantes. Cela coûte 300$, c'est une chirurgie très simple, qui leur donne un nouveau départ dans la vie. Mon amie fait la même chose que moi en Australie. Cette année elle a ramassé suffisamment d'argent pour faire opérer trois enfants."

Pour Nyima D. Lhatritsang, le chef nouvellement élu de la communauté tibétaine à Montréal, le bazar est un moment de fierté pour la communauté. Tout en vendant des châles pashmina, des tuques en coton, et des articles décoratifs, tels que des masques et des signes de bon augure, il a réfléchi à l'importance de la foire.

"C'est un événement important, non seulement pour les marchands, mais aussi pour tout le peuple Tibétain au Canada. C'est une très bonne occasion pour partager notre expérience et notre culture avec des Canadiens--une occasion qui se produit une fois par année. Pour les vendeurs c'est aussi une occasion d'étaler leurs produits et de connaître plus de clients. Ils peuvent partager leurs expériences et connaître plus de gens."

La situation des droits de la personne est en train de se détériorer au Tibet, mais aux événements comme celui-ci, la lumière de l'espoir continue à briller pour les membres de la communauté Tibétaine et leurs alliés.

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