Le rôle du Canada dans le développement économique du Tibet

PAR PETER HADEKEL (Montréal) -  Malgré des taux élevés d'investissements et de dépenses gouvernementales dans la Région autonome du Tibet (RAT), les Tibétains sont de plus en plus marginalisés par le développement dans leur terre natale.

C'est la conclusion d'une nouvelle recherche menée par Andrew Fischer, professeur agrégé en Études du développement à l’International Institute of Social Studies de La Haye. Andrew Fischer a communiqué les résultats de sa recherche au cours de la série de causeries ParlonsTibet présentée pour la première fois à la Foire culturelle tibétaine annuelle de Montréal.

Cet événement, organisé par le Comité Canada Tibet, s'est déroulé les 8 et 9 novembre à l'Église Notre-Dame de la Salette située sur l'avenue du Parc. La série ParlonsTibet réunissait plusieurs conférenciers qui ont traité de divers sujets intéressant les membres de la communauté tibétaine et ses sympathisants.

Andrew Fischer a présenté son nouveau livre Disempowered developpement of Tibet in China: a study in the economics of marginalization. Cet ouvrage, qui constitue une importante réalisation en matière de recherche et d'étude, analyse de vastes quantités de données statistiques provenant de sources officielles chinoises.

Andrew Fischer a dépeint une économie peu efficace dans la Région autonome tibétaine (RAT) qui reçoit un niveau élevé de subventions gouvernementales excédant son Produit intérieur brut. Ce financement, qui est principalement utilisé pour les routes, les chemins de fers et d'autres projets d'infrastructure, ne se traduit pas par des emplois ou une augmentation des revenus pour les Tibétains.

 

Il n'y a pas de politique de recrutement préférentiel de Tibétains, et même les Tibétains instruits ont peu de possibilités de travailler dans le secteur public, où se trouvent les meilleurs emplois, a indiqué Andrew Fischer. En même temps, de nombreux Tibétains délaissent l'agriculture et migrent vers les centres urbains pour chercher du travail, avec peu de succès.

Andrew Fischer a suggéré que les protestions publiques des dernières années au Tibet pourraient avoir autant à faire avec ce manque de débouchés économiques qu'avec la répression culturelle et religieuse.

Certains de ces thèmes ont été repris lorsque Carole Samdup, directrice générale du Comité Canada Tibet, a abordé les efforts déployés pour promouvoir la diligence raisonnable dans le cadre des investissements canadiens en Chine.

Carole Samdup a noté que le Canada a une importante présence au Tibet, de nombreuses entreprises y faisant affaire, notamment dans l'exploration minière.

La plupart de ces entreprises semblent peu conscientes des droits de la personne et des abus environnementaux, et ne comprennent pas bien les préoccupations des Tibétains, a-t-elle indiqué. Il semble y avoir un manque de communication à propos des droits de la personne entre l'ambassade canadienne à Beijing et les entreprises canadiennes qui font affaire au Tibet. Selon Carole Samdup, plusieurs problèmes au Tibet nécessitent une plus grande attention, dont la discrimination au niveau des possibilités de travail, la perte de terres traditionnelles et la réinstallation forcée, l'impact environnemental de l'activité minière, et l'absence de voies de recours pour ceux dont les droits sont violés.

"Le Tibet devrait être une zone d'exclusion pour l'investissement canadien" jusqu'à ce qu'on puisse garantir les droits fondamentaux de la personne et la protection environnementale, a-t-elle ajouté.

L'accord bilatéral récent entre le Canada et la Chine sur la protection des investisseurs n'aidera probablement pas la cause des défenseurs des droits de la personne et de l'environnement. Le traité s’inscrit dans le cadre de plusieurs accords de protection des investisseurs que le Canada a déjà signés ou est en train de négocier avec d'autres pays, a indiqué Denis Côté, coordinateur du Groupe de travail Asie-Pacifique du Conseil canadien pour la coopération internationale.

Denis Côté a présenté une recherche préliminaire sur les répercussions des accords d'investissement sur les droits de la personne, en précisant qu'ils offrent généralement un haut niveau de protection aux entreprises, même quand les droits de la personne ou la protection de l'environnement sont compromis.

De tels accords confèrent des droits aux entreprises mais ne les obligent pas à respecter des normes en ce qui concerne les droits de la personne et la protection environnementale. Ils donnent aux entreprises le droit de poursuivre les gouvernements dans une cour d'arbitrage si elles considèrent que leurs intérêts ont été expropriés ou lésés. Ces procédures ne sont ni publiques ni transparentes, et il n'y a pas de droit d'appel.

Selon Denis Côté, ces accords pourraient avoir un effet paralysant sur les gouvernements. Ceux-ci pourraient hésiter à légiférer dans l'intérêt public, de peur d'être poursuivis par des investisseurs étrangers. Il a conclu que l'accord d'investissement entre le Canada et la Chine fournira probablement un niveau de protection élargie aux entreprises minières canadiennes qui font affaire au Tibet.

Parmi les autres conférenciers de la série ParlonsTibet figurait Kayum Masimov, le président de la Société ouïgoure canadienne. Il a tracé des parallèles étroits entre l'oppression à laquelle font face les minorités ouïgoure et tibétaine en Chine.

La région ouïgoure du Turkestan oriental a été envahie par les Chinois en 1949. Depuis cette date, la proportion de la population d'origine chinoise est passée de 4% à 45%.

De nombreux dirigeants religieux et communautaires ont été arrêtés et emprisonnés. Les écoles religieuses sont interdites, et l'usage de la langue ouïgoure est restreint.

La région a également été un terrain d'essai pour les armes nucléaires pendant plus de 30 ans, avec des conséquences horribles pour la population.  La mort de plus de 750 000 personnes serait due à ce programme d'essais, et les enfants qui naissent dans la région ont encore des problèmes de santé très graves, a indiqué Kayum Masimov.

ParlonsTibet est une série continue d'évènements organisés par le Comité Canada Tibet en vue de stimuler un débat sur les problèmes touchant la vie du peuple tibétain et de faire connaître des aspects de la culture tibétaine susceptibles d'intéresser les Canadiens.

Peter Hadekel est un journaliste montréalais.

 

Comments are closed.