Abonnez-vous à notre liste d'envoi

« Je reste attaché au dialogue. Je suis en effet fermement convaincu que le dialogue et la volonté d’examiner clairement et honnêtement la réalité du Tibet peuvent nous conduire à une solution viable. »

Réponse à Lysiane Gagnon, La Presse

May 08, 2008

par Dermod Travis
Si l’histoire est comme la beauté, qu’elle est sujette à toute interprétation, alors la chronique de Lysiane Gagnon sur la Chine et le Tibet est un parfait exemple de la façon dont les médias alimentent la subjectivité.
Madame Gagnon s’appuie simultanément sur trois écoles de pensée. L’école des historiens qui soutient que le Tibet était de toute évidence un protectorat de 1720 jusqu'à ‘la libération’ du Tibet par l'armée chinoise. L’école du laisser-aller insouciant qui croit que la situation pourrait être bien pire pour les Tibétains et finalement, l’école qui croit que, de toute manière, Mao a persécuté les Tibétains et les Chinois à part égale durant sa Révolution culturelle.
Alors que plusieurs écoles véhiculent leurs propres pensées par rapport au statut historique du Tibet, le Canada, lui, était catégorique dans sa façon de penser lors de l’occupation militaire.
En 1950, le département des Affaires extérieures du Canada cherchait à formuler un avis légal sur le statut international du Tibet. Cet avis conclut: « La question est la suivante: le Canada doit-il considérer le Tibet en tant qu’état indépendant, que fief de la Chine ou que partie intégrale de la Chine? La suzeraineté chinoise, même si elle existait de façon plutôt vague avant 1911, semble disparaître, selon nos informations, par après. En fait, il semble que le Tibet ait géré ses propres affaires, intérieures et extérieures, lors des 40 dernières années. En regardant la situation de cette perspective, il n’y a aucun doute quant à savoir si le Canada devrait reconnaître le Tibet en tant qu'état indépendant, en tant que simple satellite de la Chine ou en tant qu’autre province complètement intégrée à la Chine. Il semble que la revendication de la souveraineté de la Chine sur le Tibet ne soit pas fondée. Il est mon opinion que, du point de vue du droit international, le Tibet peut se définir comme étant un état indépendant. »
Évidemment, plusieurs historiens seront d’avis contraire et plusieurs observateurs politiques préfèrerons s’appuyer sur cet avis pour défendre leurs points de vue personnels. Cette liberté d’opinion est trop souvent négligée au Canada alors qu’en Chine, les homologues de Madame Gagnon ne connaîtront jamais cette liberté.
Mais en s’attardant aux nuances historiques, les gens peuvent, en effet, perdre de vue le véritable dilemme et sa solution potentielle. La crise actuelle qui secoue le Tibet est réelle et profonde, elle se déroule ici et elle se conjugue au présent. Cette crise est le résultat de cinquante ans de politiques chinoises échouées.
Lors des dernières semaines, plusieurs personnes, incluant Madame Gagnon, ont suggéré que le soulèvement au Tibet et les manifestations mondiales ont pour seul but d’humilier la Chine. Mais l’appel à la liberté, la justice et les droits humains est un cri qui ne doit pas se taire simplement pour éviter de blesser ceux qui refusent les droits humains primordiaux à leurs propres citoyens.
Cette conclusion semble avoir fait son chemin tant auprès des organisateurs du Comité international olympique que ceux de Beijing lorsque la ville a obtenu les Jeux olympiques de 2008.
Membre du Comité olympique et avocat montréalais, Dick Pound nota récemment que « les Chinois étaient conscients du risque (que des manifestations pourraient bien éclater). Croyez-moi, ils n’étaient pas aveugles à cette éventualité et au danger d’une opinion publique défavorable...Ils ont dit, écoutez, nous savons que nous avons des points litigieux par rapport aux droits de la personne et autres. Nous croyons que le fait d’accueillir les Jeux et la critique internationale, le fait d’avoir des personnes et des médias de partout à travers le monde qui viennent ici, fera progresser le dossier des droits de la personne plus rapidement que si nous fermions nos portes. »  
Depuis, le gouvernement a bien sûr reçu des critiques de partout à travers le monde. Que ce soit une critique de sa gestion du soulèvement du Tibet, son traitement des membres de Falun Gong, du rôle de la Chine au Darfour, des envois avortés d’armes au Zimbabwe ou le traitement des réfugiés coréens, les affaires intérieures et extérieures de la Chine n’ont jamais été autant critiquées. Et avec raison.
Mais, comme le souligne Monsieur Pound, cette porte a été ouverte lorsque Beijing accepta d’accueillir les Jeux de 2008. En effet, selon Monsieur Pound, les autorités chinoises désiraient elles-mêmes ouvrir cette porte. Et, honnêtement, il est un peu tard pour rouspéter, la porte étant déjà ouverte.
Les démocraties comme celles au Canada ne peuvent pas se permettre de choisir quels droits et libertés elles défendront. Nous ne pouvons pas nous permettre un système à deux vitesses lorsque vient le temps de défendre la liberté. Comme l’a noté Clifford Lincoln à l’Assemblée nationale du Québec en 1989, « les droits sont les droits ». Si nous désirons maintenir notre crédibilité lorsque nous critiquons un pays qui oppresse son peuple, nous ne pouvons nous permettre d’ignorer un autre pays qui s’adonne à de telles activités. D’agir ainsi diminuerait notre autorité morale.
Dermod Travis est le directeur exécutif du Comité Canada Tibet. www.tibet.ca
 

Communiqués de presse

Bureau National du CCT 1425, boul. René-Lévesque Ouest, 3e étage, Montréal (Québec) H3G 1T7 Canada
T: (514) 487-0665   ctcoffice@tibet.ca
Développé par plank