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Lettre ouverte au premier ministre Trudeau : N’oubliez pas les droits humains lors de votre visite en Chine

August 30, 2016

30 août 2016 – Dans une lettre ouverte adressée au premier ministre Justin Trudeau, la Coalition canadienne pour les droits humains en Chine [au dessous] a fait appel à ce qu’il mette le respect des droits humains au cœur des relations entre les deux pays.

La lettre est accompagnée d’une liste de prisonniers, dont trois prisonniers d’opinion tibétains : Gendhun Choekyi Nyima (Panchen Lama), Yeshe Choedron et Shokjang.

La lettre demande aussi une intervention canadienne afin de mettre fin aux démolitions et évictions de l’Institut bouddhiste Larung Gar, au Tibet.

La lettre a été publiée aujourd’hui lors d’une conférence de presse organisée par la Coalition à Ottawa, sur la Colline du Parlement.

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Monsieur le Premier Ministre,

Nous vous écrivons cette lettre ouverte en tant que membres de la Coalition Canadienne pour les droits humains en Chine[1]pour vous demander de faire tout ce qui sera en votre pouvoir afin de soulever les dossiers clés et les recommandations relatives aux droits humains et ce, à chaque occasion qui se présentera durant votre prochaine visite en Chine.

Ce voyage — votre premier à titre de premier ministre — arrive à un moment critique, alors que la Chine fait face à de graves problèmes de droits humains à l’échelle du pays. Les avocats et les militants pour les droits de la personne ont été soumis à des mesures de répression concertées de plus en plus sévères destinées à restreindre leur liberté d’expression, d’association et d’assemblée. Ce sont là des signes inquiétants de la détérioration du climat entourant la protection des droits humains dans ce pays.

  • Nous vous demandons d’utiliser toutes les occasions qui se présenteront  au cours de ce voyage pour indiquer votre intention de placer le respect des droits humains au cœur des relations entre le Canada et la Chine.

Les relations du Canada avec la Chine constituent l’un des défis les plus importants de politique étrangère auxquels votre gouvernement est confronté. Étant donné l’ampleur et la diversité des échanges entre nos deux pays, et la puissance et l’influence considérables manifestées par la Chine de manière bilatérale et multilatérale, ces relations ne peuvent être considérées comme la seule responsabilité des diplomates et des leaders d’affaires, en particulier lorsqu’il est question de droits humains.

  • Nous pressons le gouvernement du Canada d’élaborer une approche globale afin de renforcer la protection des droits humains en Chine; cette approche devrait s’appliquer à l’ensemble des échanges entre le Canada et la Chine.

Il a été largement rapporté qu’une des principales questions que vous pourriez explorer durant ce voyage serait le début de négociations en vue d’une entente de libre échange. Afin de faire en sorte qu’une telle entente ne contribue pas à la violation des droits humains, nos organisations recommandent que l’attention soit portée, lors du processus de négociation, aux impacts qu’un accord aurait sur les droits de la personne.

  • Nous réclamons qu’une évaluation complète et indépendante des impacts sur les droits humains soit réalisée par des experts au début des négociations en vue d’une entente d’échanges commerciaux entre le Canada et la Chine.

Nous espérons que vous soulèverez, durant votre visite, plusieurs questions qui nous préoccupent. Nous sommes conscients que de telles discussions se tiendront souvent lors de rencontres privées, mais nous insistons sur la nécessité de soulever ces questions publiquement au cours, entre autres, de discours et d’entrevues dans les médias.

Les prisonniers

Nous joignons à cette lettre une liste de 13 dossiers qui sont particulièrement préoccupants pour nos organisations. Malheureusement, nous pourrions également dresser une liste de centaines de personnes qui ont été emprisonnées injustement et qui risquent la torture et d’autres formes de mauvais traitements. Nous avons choisi ces cas, car ils s’inscrivent dans un plus large système de persécution.

Nous insistons également sur le fait que notre Coalition est au courant qu’il y a au moins 17 personnes détenues en Chine présentement — certaines sont sur la liste que nous vous transmettons —, qui sont soit des citoyens canadiens, soit des proches parents de citoyens canadiens ou qui ont un lien étroit avec le Canada.

  • Nous vous demandons de réclamer énergiquement la libération de ces prisonniers et la protection de leurs droits fondamentaux.

Les défenseurs des droits humains

Des mesures sévères continuent d’être prises contre un très grand nombre d’avocats dans le domaine des droits humains, contre des défenseurs des droits humains, ainsi que contre des journalistes et autres militants de la société civile; ces mesures incluent du harcèlement, des arrestations et des détentions arbitraires, ainsi que de la violence. Une série de nouvelles lois visant la sécurité nationale ont été déposées et mises en application; elles présentent un sérieux danger pour les défenseurs des droits humains. Des accusations sans véritable fondement sont fréquentes, comme celles de « subversion contre l’État », « menace à la sécurité de l’État » ou « méfait et recherche de querelle ». Lorsque des hommes et des femmes sont visés simplement parce qu’ils défendent les droits d’autrui, les droits humains de tout le peuple chinois sont menacés.

  • Nous vous enjoignons de réclamer l’abrogation ou la réforme des lois utilisées pour cibler les avocats et les autres défenseurs des droits humains.

Le Tibet

En juillet dernier, les autorités chinoises ont entrepris des travaux de démolition à l’Institut bouddhiste Larung Gar, qui, selon eux, était devenu trop grand et devrait être réduit de moitié, soit à 5000 résidents. L’ordre de démolition stipulait également que le monastère accepte de partager sa gestion avec le Gouvernement ou des représentants du Parti communiste chinois qui détiendraient une majorité de trois contre deux. Les avis d’expulsion qui ont suivi semblent cibler des étudiants du Tibet de la région autonome voisine; ils ont reçu l’ordre de retourner dans leurs familles. Un embargo sur les communications a été mis en place par les autorités et les manifestations locales ont été interdites, ce qui a été la cause d’au moins un suicide.

  • Nous vous enjoignons de réitérer le soutien du Canada à la liberté de religion et de presser publiquement les autorités chinoises de mettre un terme immédiat aux travaux de démolition et de permettre aux étudiants de poursuivre librement leurs études religieuses à Larung Gar.

Hong Kong

Le non-respect, dans le cas de Hong Kong, de l’entente « un pays, deux systèmes » par le gouvernement chinois a soulevé davantage d’inquiétudes en termes de droits humains. L’incident de Causeway Bay Books est une violation particulièrement grave. La négation du droit des candidats de se présenter aux élections du Conseil législatif à cause de leur opinion sur l’indépendance et l’autodétermination constitue une violation des droits d’opinion et d’expression. Les actions en vue d’interdire les discussions sur l’indépendance de Hong Kong dans les écoles minent également la liberté d’expression. Les affirmations du gouvernement chinois à l’effet que tous les Chinois de Hong Kong, incluant ceux qui détiennent des passeports étrangers, sont d’abord et avant tout des citoyens chinois soulèvent des inquiétudes sur la protection consulaire accordée aux Canadiens originaires de Hong Kong.

  • Nous vous enjoignons de demander au gouvernement chinois de tenir sa promesse « un pays, deux systèmes » et de respecter le droit à la liberté d’opinion et d’expression à Hong Kong.

Falun Gong

L’incessante campagne de persécution contre les adeptes de Falun Gong a cours depuis plus de 17 ans. Parmi les milliers de prisonniers se trouvent 12 membres de la famille de citoyens canadiens. Le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture a déclaré que les adeptes de Falun Gong comptent pour les deux tiers des cas de torture en Chine. Le prélèvement d’organes parmi les prisonniers de Falun Gong a soulevé inquiétudes et condamnations générales au niveau international, exprimées, entre autres, par des comités parlementaires et des comités du Congrès au Canada, aux États-Unis et en Europe.

  • Nous vous enjoignons de demander au gouvernement chinois de mettre un terme à la campagne de violations des droits humains envers les adeptes de Falun Gong et de libérer tous les prisonniers qui sont détenus en raison de leur adhésion aux croyances et aux pratiques de Falun Gong.

Ces dossiers et ces préoccupations sont loin de faire le tour de la question. La violence, la discrimination et les autres violations envers les femmes et les jeunes filles sont extrêmement préoccupantes. D’autres minorités ethniques en plus des Tibétains, notamment les Ouïghours et les Mongols, sont confrontées à des violations de droits humains très répandues. Tout comme c’est le cas pour les adeptes de Falun Gong, le droit à liberté religieuse et spirituelle de plusieurs millions de bouddhistes, de musulmans et de chrétiens est ignoré et violé à tous les jours. Par delà Hong Kong, les militants en faveur de la démocratie de partout en Chine continentale sont régulièrement harcelés, menacés, arrêtés illégalement, jugés injustement et soumis à la violence. La liberté d’expression continue d’être menacée, tout particulièrement pour ce qui est de l’internet et des discussions et publications en ligne. La torture et la peine de mort sont la source d’énormes inquiétudes.

Monsieur le Premier Ministre, nous comprenons qu’au cours de cette visite importante vous recevrez plusieurs demandes qui seront en compétition les unes avec les autres, entre autres sur des questions urgentes d’économie, de sécurité et de géopolitique. Nous sommes cependant confiants que vous comprendrez que les droits humains doivent être placés en tête de liste. Plus que toute autre chose, les préoccupations relatives aux droits de la personne méritent toute votre attention, car les injustices, les inégalités et la violence continuent d’être une réalité de tous les jours pour des millions de personnes partout en Chine. Le respect des droits humains est au cœur de la coopération, de la stabilité et de la prospérité qui vont structurer les relations de plus en plus étroites entre nos deux pays. Nous espérons avoir l’occasion de vous rencontrer, vous ou vos représentants, afin de parfaire nos discussions.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Premier ministre, mes salutations respectueuses.

Alex Neve, secrétaire général d’Amnistie internationale Canada (section anglophone), au nom de la Coalition Canadienne pour les droits humains en Chine



[1] La Coalition canadienne pour les droits humains en Chine est composée de 15 organisations canadiennes dont l’objectif est de porter une attention soutenue aux droits humains dans le cadre des relations entre le Canada et la Chine. Cette lettre est endossée par les membres suivants : Amnistie internationale Canada (section anglophone et section francophone), Canada-Hong Kong Link, le Comité Canada Tibet, l’Association de Falun Dafa du Canada, la Fédération pour une Chine démocratique, Movement for Democracy in China (Calgary), Students for a Free Tibet Canada, Toronto Association for Democracy in China, Uyghur Canadian Society et Vancouver Society in Support of Democratic Movement in China.

Bureau National du CCT 1425, boul. René-Lévesque Ouest, 3e étage, Montréal (Québec) H3G 1T7 Canada
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