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« Nous, les Tibétains, aspirons à une autonomie légitime et véritable, un arrangement qui permettrait aux Tibétains de vivre au sein de la République populaire de Chine. »

Tibet : Un mystérieux blogueur dénonce la contamination au plomb de l’eau d'un monastère bouddhiste

12 août 2011

France 24 : 4 Aôut 2011

http://observers.france24.com/fr/content/20110802-tibet-kumbum-pollution-plomb-ganhetan-exploitation-miniere-ecologie-Qinghai-chine

Le monastère bouddhiste de Kumbum, située dans la région Tibétaine de l' Amdo, pourrait être la nouvelle victime des effets pervers du développement fulgurant du pays. C’est ce que dénonçait mi-juillet dans une pétition sur Internet un blogueur anonyme. Selon lui, l’eau courante de ce haut lieu spirituel et de tous les alentours est imbuvable car contaminée au plomb.
La pétition, rédigée en chinois, a été publiée le 13 juillet sur le blog Zongkawang mais n’est actuellement plus accessible en ligne. (Une version traduite en anglais a été postée). Le blogueur y explique que l’importante activité industrielle dans la région du monastère, et notamment dans la montagne sacrée de Lhamo, aurait eu des conséquences néfastes sur l’environnement, parmi lesquelles la détérioration des sols et la contamination au plomb des sources d’eau potable. Le blogueur tient notamment pour responsable de cette pollution le parc industriel de Ganhetan construit il y a une vingtaine d’années à proximité du monastère et qui abrite notamment des usines d’extractions de plomb et des fonderies d’aluminium.
Selon le texte de la pétition “entre mai et juillet […] l’eau [courante] est devenue boueuse et nauséabonde. Les habitants et les moines ont été pris de nausées. Leur corps est devenu apathique, certains ont perdu connaissance et ont du être hospitalisés”. Le texte conclut en demandant au gouvernement chinois que les entreprises les plus polluantes du parc industriel soient sanctionnées.

Les problèmes de pollution ne sont pas nouveaux dans la région, déjà en 2006, un journaliste de l’agence officielle Xinhua avait constaté que la totalité des enfants de la garderie des employés du parc industriel de Ganhetan présentaient des taux de plomb inquiétant dans le sang. À l’époque, le responsable d’un des hôpitaux de Qinghai avait déclaré au journaliste qu’il avait reçu la consigne de ne pas s’exprimer sur le sujet.FRANCE 24 a contacté la mairie de Xining, la capitale de la province, qui a affirmé que des tests avaient été lancés il y a plusieurs semaines sur des échantillons d’eau courante aux alentours du monastère. Les responsables ne sont pas autorisés à parler avant la publication des résultats. La rédaction a par ailleurs contacté les services du parc industriel de Ganhetan qui n’est pas en mesure de nous répondre pour l’instant.
"Pékin a absolument besoin des minerais de la montagne sacrée pour satisfaire l’immense demande du reste du pays"
Kate Saunders est porte-parole de l’ONG International Campaign for Tibet. Elle est basée à Londres et est en contact avec plusieurs personnes sur place dont elle souhaite protéger l’identité.
Ce blogueur a pris d’immenses risques. En témoigne la disparition de son billet quelques jours après sa publication. Il faut savoir que tous les Tibétains [la région du Qinghai est une des trois 'provinces traditionnelles du Tibet'] qui protestent, même pacifiquement, risque la prison. L’été dernier, les autorités ont admis avoir tué un manifestant qui demandait la fermeture d’une mine, dans la province voisine de Kardzé . Selon la version des autorités, l’homme en question avait attaqué des policiers.

Économiquement, Pékin a absolument besoin des minerais de la montagne sacrée [Montagne Lhamo] pour satisfaire l’immense demande du reste du pays, par exemple pour la construction intensive de chemins de fer. Mais les habitants, en plus de souffrir de la pollution, ne bénéficient pas directement des créations d’emplois liés à ces activités car ce sont en général des migrants chinois qui viennent travailler dans les mines. Quand les tibétains y sont employés, c’est tout en bas de l’échelle, à un poste que les Occidentaux considèreraient comme de l’esclavage. Pékin doit aujourd’hui comprendre que la Chine ne peut plus continuer ce développement forcené en sacrifiant une partie du pays à la pollution et à la corruption. "
"Des représentants des autorités sont venus et ont promis qu’ils agiraient"
Arjia Rinpoche, 61 ans, est un maître bouddhiste (lama) reconnu comme la réincarnation du père de Tsong Khapa, le fondateur de la branche gelugpa du bouddhisme tibétain, dont le dalaï-lama est issu. Réfugié aux États-Unis, il a été abbé du monastère de Kumbum jusqu’en 1998
Je me souviens parfaitement de l’installation des usines et des mines dans la montagne sacrée à la fin des années 1980. À époque, l’eau était encore pure et la population avait été très hostile à ces installations.

Déjà en 1999, nous avions remarqué que les animaux qui se nourrissaient d’herbe aux abords des usines tombaient mystérieusement malades. Mais depuis mon départ, les choses ont empiré. Les moines de Kumbum me disent que l’eau du temple sent très mauvais. Ils sont obligés de se ravitailler en eau minérale dans les villages alentours.

Le temple est un joyau architectural du patrimoine tibétain. Il attire plus de 10 000 touristes par an, en plus de ses centaines de moines. Il est donc primordial que toutes ces personnes aient accès à une eau saine, aussi bien pour s’hydrater que pour protéger notre magnifique monastère, ne serait-ce qu’en disposant de réserves d’eau non polluée dont ils pourraient se servir en cas d’incendie.Des représentants des autorités sont venus et ont promis qu’ils agiraient [Le 22 juin, suite à une demande des moines, l’organisation chargée de la protection de l’environnement au niveau local a relevé des échantillons d’eau et a promis aux moines de les tenir informés]. Je ne sais pas s’ils le feront mais je crois savoir qu’ils sont inquiets d’une éventuelle mobilisation de la population. Le dalaï-lama est lui-même né à Taktser, tout près du monastère de Kumbum et je sais qu’il se tient très au courant de ce problème de pollution."

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