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Regain de répression chinoise au Tibet dans l'indifférence générale - Par Marie Holzman sinologue et Présidente de l' Association Solidarité Chine

28 février 2012

Marie Holzman

 

Alors que la répression en Syrie attire l’attention du monde entier, le drame des Tibétains se déroule à huis clos. Certes, il ne s’agit pas d’une rébellion massive matée ouvertement par des chars et des avions de chasse, mais des moines tibétains meurent l’un après l’autre, dans une indifférence quasi générale, et toute une population d’environ six millions d’habitants est condamnée à la terreur. En ce lendemain de Losar, le Nouvel an tibétain qui aurait dû être joyeusement célébré, le climat est plus lourd que jamais dans la Région autonome du Tibet, où se trouve la capitale provinciale de Lhassa, mais aussi dans les régions occupées par des Tibétains dans les provinces chinoises du Qinghai et du Sichuan.

Pourtant les témoignages se multiplient, et le nom des 22 moines et nonnes qui se sont immolés par le feu en moins d’un an est connu, même si les circonstances de leur mort restent plus difficiles à cerner. Certains ont été achevés à coups de gourdin par la police chinoise, l’un d’entre eux a été abattu d’un coup de fusil alors qu’il venait de s’embraser, d’autres ont été emportés à l’hôpital où ils sont décédés dans d’indescriptibles souffrances… Certains ont probablement survécu.

Le dernier message enregistré du moine Sonam Wangyal Sopa, considéré comme un sage réincarné, et mort à l’âge de 42 ans, résume bien la motivation de ces Tibétains désespérés :


« Alors que tant de héros tibétains sont morts cette année, je sacrifie mon corps pour leur montrer ma solidarité… Je prie pour le retour du Dalai Lama au Tibet. »


Le plateau tibétain n’a pas été soumis à d’aussi fortes tensions depuis les mouvements de rébellion en 2008, après que des émeutes entre Tibétains et Han avaient fait 19 morts à Lhassa. Ces événements avaient provoqué des réactions en chaîne et c’est tout le « grand Tibet » qui avait repris le flambeau en organisant des manifestations considérées comme « indépendantistes » par le gouvernement chinois. Jamais le gouvernement chinois n’avait eu à éteindre autant de foyers de protestation en même temps parmi les montagnards du Tibet…

C’est depuis cette époque que le contrôle des monastères, l’introduction de diverses formes « d’éducation patriotique », c’est-à-dire des méthodes d’endoctrinement communiste, les arrestations d’intellectuels et d’artistes tibétains influents, ainsi que la fermeture du Tibet aux journalistes se sont durcis. Alors que l’Etat avait essayé de ne pas trop s’immiscer dans les affaires religieuses durant les années 1980 et 1990, pour atténuer les effets désastreux des excès de la Révolution culturelle, la reprise en main s’est accélérée depuis la moitié des années 2000.

Du coup, les monastères se vident : le grand monastère de Sera (à Lhassa) ne compte plus que 460 moines, soit moins de la moitié qu’en 2007. Celui de Drepung, autre grand centre spirituel en compte 600 maintenant, après le départ forcé de 700 moines. Expulsés ou désespérés, les moines et les nonnes tibétains, qui représentent les garants de la transmission d’une culture en péril, quittent les monastères en masse. Ce phénomène, et la répression en cours, font dire au Dalai Lama que le gouvernement chinois est en train de pratiquer un « génocide culturel ».

Lorsqu’on constate que la Chine et la Russie s’associent pour refuser l’intervention de l’ONU en Syrie, lorsqu’on fait le rapprochement avec la répression brutale qui s’exerce en Tchéchénie et au Tibet, la conclusion s’impose d’elle-même : Syrie, Chine, Russie, mêmes massacres, même impunité…

 

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