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Les "avocats aux pieds nus" réprimés en Chine

27 novembre 2007

La visite de Nicolas Sarkozy en Chine, dimanche 25, lundi 26 et mardi 27 novembre, intervient alors que le mouvement des droits civiques, et les "avocats aux pieds nus" qui l'animent, traverse une phase particulièrement critique. Bien que la réunion du 17e Congrès, période traditionnellement sensible, soit achevée depuis un mois, ce réseau informel de juristes, avocats et militants, qui ont entrepris de défendre, sur le terrain, des cas d'injustices en s'en référant aux lois en vigueur, n'a jamais été en si mauvaise posture.

Yang Maodong (alias Guo Feixiong), l'un des juristes qui s'étaient illustrés lors des événements de Taishi dans le Guangdong en 2005, un village dont la population avait tenté de manière non violente de révoquer par un vote un chef du village corrompu, comme la loi chinoise le permet, a été condamné à Canton, le 14 novembre, à cinq ans de prison. Son crime ? La publication "illégale" d'un livre sur une affaire de corruption à Shenyang (Nord-Est).

A Pékin, le militant Hu Jia, assigné à résidence depuis de longs mois, s'est fait rosser lorsqu'il a tenté de sortir de chez lui, le 9 novembre, pour se rendre à la clinique où sa femme, l'activiste Zeng Jinyan, accouchait. Gao Zhisheng, l'un des pionniers de la mouvance, plusieurs fois emprisonné et battu, rayé du barreau, est comme "paralysé". On l'a prévenu qu'il en allait de la survie de sa famille.

Dans la région de Shanghaï, Wu Lihong a perdu, début novembre, le seul appel auquel il avait droit dans la mascarade de procès qui a condamné cet écologiste local à quatre ans de prison pour une prétendue "fraude". Wu Lihong se battait depuis dix ans pour la préservation du lac Taihu. Son épouse a pu le voir pour la première fois vendredi 23 novembre. En revanche, Yuan Weijing, la femme de l'activiste aveugle Chen Guangcheng, embastillé dans le Shandong, n'a pas été autorisée à rendre visite à son mari depuis deux mois.


ENNEMIS DU PEUPLE


Pour les "avocats aux pieds nus", qui n'ont jamais contesté le système politique, cette mise au pas est d'autant plus cynique qu'elle s'effectue par le biais de procès manipulés. Paradoxalement, explique en substance Jean-Philippe Béja, spécialiste des mouvements politiques chinois au Centre d'études et de recherches internationales (CERI), ce sont les campagnes du gouvernement en faveur du "respect des lois" qui ont encouragé ces hommes, parfois autodidactes, à entrer en action. Décidés à prendre au mot le parti, ils sont convaincus d'une convergence d'intérêts entre leur action et celle des nouveaux dirigeants - le président Hu Jintao et le premier ministre Wen Jiabao -, qui proclament leur attention pour les groupes vulnérables de la société.

Depuis quelques mois, les "avocats aux pieds nus" sont ouvertement étiquetés "ennemis du peuple". On voit ressortir les accusations d'agents de l'étranger. Minjian, une publication de l'université Sun Yat-Sen à Canton qui couvrait les combats des militants et des ONG pour un lectorat confidentiel, a été fermée après trois ans d'existence. Dans une longue lettre publiée le 22 novembre sur Internet, Zhai Minglei, son fondateur, a exprimé la "pitié" qu'il ressent pour cette société civile chinoise mort-née. Parce qu'elle est tant menacée, celle-ci a besoin de soutien, comme celui dont a fait montre la chancelière allemande Angela Merkel en rencontrant, lors de sa venue à Pékin, fin août, quatre intellectuels en rupture de banc. Parmi eux figurait le journaliste Li Datong, limogé en 2006, un des observateurs les plus lucides du système.

Avant la visite de M. Sarkozy en Chine, la France a, certes, soumis aux autorités chinoises une liste de personnalités emprisonnées, qui n'a pas été rendue publique. Mais, contrat oblige, le président français a fait le choix de rencontrer essentiellement des officiels et des patrons.
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