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« Le Canada peut, dans une atmosphère cordiale et constructive, demander au gouvernement chinois de résoudre la situation du Tibet. »

Le dalaï-lama sera-t-il le dernier de l’histoire ?

16 septembre 2014

En visite à Hambourg, le dalaï-lama a laissé entendre, dans une entrevue accordée dimanche à Welt am Sonntag, qu’il n’aura pas de successeur et qu’il sera le dernier d’une lignée longue de cinq siècles.

« L’institution du dalaï-lama a rempli sa mission » a-t-il affirmé. « Cette tradition peut maintenant s’arrêter avec le 14e dalaï-lama qui est très aimé ». Il laisse ainsi entendre qu’il n’aura pas de successeur et justifie sa position par deux raisons.

Raison juridique

« L’institution du dalaï-lama était importante principalement en raison de son pouvoir politique ». Or, explique-t-il, « j’ai complètement renoncé au pouvoir en 2011, lorsque j’ai pris ma retraite ». De fait, dès 2001, le dalaï-lama, qui était alors le chef politique du Tibet avait provoqué l’élection du parlement du « peuple tibétain en exil » pour préparer, dix ans plus tard, le 10 mars 2011, l’abandon de son pouvoir politique - le jour de ses 75 ans. Le 27 avril 2011, Dr. Lobsang Sangay, un juriste de 44 ans, formé à Harvard, fut élu premier ministre de ce gouvernement exil. Il fut très officiellement installé le 8 août 2012, à 9 heures, 9 minutes, 9 secondes… Le 8 est le chiffre de l’équilibre cosmique dans la tradition hindouiste et bouddhiste. Le 9 est le nombre de la plénitude. L’association de cette date et de cette heure voulait marquer à jamais la fin d’un cycle historique, celui du XIVe dalaï-lama.

L’« annonce » du dernier des dalaï-lamas en Allemagne n’est donc en rien une nouveauté mais une simple confirmation de la fin du pouvoir politique de ce chef religieux intervenue il y a plus de trois ans.

Raison politique : bras de fer avec la Chine

La seconde raison avancée par le 14e dalaï-lama est purement politique: « Si un dalaï lama venait et faisait honte à la fonction, observe-t-il, l’institution du dalaï-lama serait ridiculisée ». « Les gens qui pensent en termes politiques doivent réaliser que cette période de quelque 450 ans où nous avons eu cette institution du dalaï-lama devrait avoir fait son temps ».

Cette phrase n’a rien d’une coquetterie orgueilleuse d’un dalaï-lama qui se considèrerait irremplaçable. Elle est directement adressée aux autorités de Pékin qui veulent imposer un 15e dalaï-lama à leur botte.

Ce bras de fer entre le 14e dalaï lama et les Chinois vient de loin. Et c’est pour les contrer que le Prix Nobel de la Paix a renoncé à son pouvoir politique et qu’il affirme aujourd’hui que l’institution du dalaï lama est morte. D’autant - fait moins connu - que dans le système hiérarchique du bouddhisme tibétain le « dalaï lama » ne dispose que du pouvoir politique. C’est le « panchen lama » qui est plutôt chargé du pouvoir spirituel. Ensemble, ils forment une direction à deux têtes et le dalaï lama ne peut choisir son successeur sans l’avis du panchen lama.

Une succession très complexe

En mai 1994 l’actuel dalaï-lama avait reconnu selon la tradition Gendhum Choeky Nyima, un tout jeune enfant, comme panchen-lama, lui même ayant été choisi à l’âge de trois ans. Pékin contesta aussitôt. Curieusement le 21 août 1995 ce petit garçon de six ans fut enlevé. Et l’on est toujours sans nouvelle de lui. Le 29 novembre 1995, Pekin désigna un autre panchen lama du même âge, Gyaincain Norbu, évidemment constesté par l’actuel dalaï-lama.

Dernier élément dont ne parle pas le Prix Nobel de la paix dans cette interview, la question de sa propre « réincarnation » selon la croyance bouddhiste. Le 24 septembre 2011, dans une longue déclaration, le dalaï-lama avait mis en garde Pékin contre toute tentation de désigner qui serait la réincarnation du dalaï-lama après sa mort : « La personne qui se réincarne, avait-il écrit, est la seule détentrice de l’autorité légitime sur l’endroit et la façon dont elle renaîtra et sur la modalité selon laquelle sa réincarnation doit être reconnue ». Le dalaï lama a toujours dit qu’il souhaitait se réincarner en « femme » car elles ont plus « d’influence sur la société ».

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