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La démolition du principal Institut bouddhiste tibétain ne révèle aucun changement dans la politique chinoise de répression religieuse.

31 octobre 2016

TCHRD, 26 octobre 2016 - La démolition des logements monastiques et l’expulsion des moines et des nonnes continue à l’ Institut de Larung Gar, l’un des principaux centres religieux où l’on peut suivre l’enseignement du bouddhisme au Tibet : méditation et érudition bouddhistes. Cette répression chinoise, démontre que la liberté religieuse reste une réalité bien lointaine pour les croyants religieux au Tibet.

Depuis le 20 juillet, les équipes chinoises de démolition, employées par le Gouvernement, ont démoli plus de la moitié des maisonnettes : 1000 résidences monastiques à l’Institut de Larung Gar, situé dans le comté de Serthar (ch : Seda) dans la préfecture autonome de Kardze (ch : Ganzi), Province du Sichuan. L’objectif sera atteint d’ici la fin de cette année. L’ordre de démolition émis au début de cette année, exige également l’expulsion de milliers de moines et de nonnes de l’Institut. L’objectif de réduire à 5000 habitations – 2000 moines et 3000 nonnes – a nécessité l’expulsion du reste des résidents monastiques. Le nombre total de moniales, à part les pratiquants laïcs et étrangers, oscillait autour de 10 000 avant le début de la démolition, à l’Institut.

L’enjeu est la liberté de religion et de conviction de milliers de pratiquants bouddhistes, y compris Tibétains, Mongols et Chinois. Depuis sa création en 1987, l’ Institut a attiré un flux constant de disciples venus de la Chine continentale, ainsi que de Thaïlande, de Taiwan, de Hong Kong, de Singapour, de  Malaisie et de Corée. Des pratiquants bouddhistes de toutes les provinces de la RPC, de cinq régions autonomes, ainsi que de quatre municipalités ont étudié à l’Institut à des moments différents. Les étudiants tibétains venaient de divers Comtés dans la région autonome du Tibet (TAR) et de zones autonomes tibétaines dont Lhassa (Ch: Lasa), Ngari (Ch: Ali), Nagchu (Ch: Naqu), et Chamdo (Ch: Changdu) dans la région autonome du Tibet; Serthar, Drango (Ch: Luhuo), Tawu (Ch: Daofu), Dartsedo (Ch: Kangding), Kardze, Derge (Ch: Dege), et Nyagrong (Ch: Xinlong) dans la province du Sichuan ; d’autres venaient également de préfectures autonomes tibétaines de Golok (Ch: Guoluo), Jyekundu (Ch: Yushu) et Malho (Ch: Gannan) dans la province du Qinghai.

Les différentes sources d’informations ont déclaré au TCHRD que les étudiants venus  de Chine continentale et de pays étrangers sont également expulsés en grand nombre. A l’exception des pratiquants laïcs et tantriques qui ne sont pas touchés. Parmi eux, seuls les pratiquants âgés sont autorisés à rester. Un nombre considérable de pratiquants monastiques et laïcs avait déjà été expulsé avant le 20 juillet de cette année. Fin 2013,  le TCHRD avait reçu la confirmation que les religieuses de la Région Autonome du Tibet, qui avaient étudié à l’Institut, avaient été temporairement détenues et menacées de détention pour criminalité en cas de retour et de poursuite de leurs études. En 2014, les autorités du Comté de Chamdo et Diru (Ch; Biru) ont ordonné aux habitants de rappeler les membres de leur famille : moines ou nonnes de Larung Gar ou Yachen Gar. Ces moines et nonnes avaient été menacés du retrait de leurs noms sur les listes d’enregistrement de leurs famille du Comté, s’ ils ne retournaient pas auprès d’elles.

Larung Gar est l’une des rares et premières institutions au Tibet où les principes d’égalité homme/femme sont respectés. Les religieuses ont les mêmes droits que les moines pour étudier. L’Institut fut le premier à permettre aux nonnes d’obtenir un Khenmo, l’équivalent féminin du Khenpo, similaire à un diplôme de doctorat, qui est habituellement donné après 13 ans d’études rigoureuses dans cinq domaines d’écritures bouddhistes, en particulier dans les traditions Nyingma et Kagyu du bouddhisme tibétain. En 1990, l’Institut a attribué les premiers degrés de Khenmo et depuis lors, pas moins d’une centaine de religieuses ont réussi à obtenir ce diplôme. Pour beaucoup d’autres religieuses, qui sont, soit handicapées, veuves ou divorcées, l’Institut a fourni une bouée de sauvetage en termes de subsistance.

Le démantèlement actuel de l’Institut bouddhiste de Larung Gar ressemble fortement à celui déjà effectué en 2001. L’étude de 2001 et la démolition actuelle montre que rien n’a changé au cours de ces 15 dernières années en termes de politique religieuse de la Chine. Cette deuxième démolition de Larung Gar montre bien que la Chine a peu fait pour garantir la liberté religieuse au Tibet. Les autorités chinoises continuent de rester méfiantes et paranoïaques envers les personnalités religieuses et leurs activités, même celles sans arrière-plan politique. La religion est étroitement contrôlée par une politique élaborée, faite de lois répressives, de règlements et de campagnes d’endoctrinement assurés par le Gouvernement.

L’ordre de démolition de 2016, délivrée par les autorités provinciales du Sichuan fait référence aux décisions prises lors du Sixième Forum de travail sur le Tibet, et de la Deuxième Conférence nationale sur la religion. Les résidents de Larung Gar ont stipulé que l’ordre de démolition et d’expulsion était venu des autorités supérieures sous le président Xi. Lors de la conférence sur la religion tenue à Pékin du 22 au 23avril de cette année, le président Xi Jinping a souligné que « les groupes religieux doivent adhérer à la direction du PCC et soutenir le système socialiste et le socialisme chinois. »

En 2001, lorsque les étudiants ont fait appel contre les expulsions, il leur avait été répondu que les ordres étaient venus directement de Pékin sous le président Jiang Zemin. De même qu’en2016, il n’y avait eu aucune preuve écrite à cet effet, mais les autorités locales ont maintenu qu’ils étaient simplement sous les ordres des autorités supérieures. Lors de la Conférence de travail du Front Uni National en 1993 et de la Conférence Nationale des affaires religieuses en 2001, le président Jiang avait publié trois directives faisant autorité, qui résument l’approche du Gouvernement envers la religion.

1) Mettre en œuvre des politiques religieuses du Parti ;

2) Renforcer le contrôle sur les affaires religieuses, conformément à la loi ;

3) Guide de religion pour être compatible avec le socialisme.

Le président Jiang avait également présidé le Troisième Forum de Travail sur le Tibet en 1994, durant lequel avaient  été introduites des mesures visant à renforcer le contrôle sur les monastères et les couvents, en identifiant les institutions religieuses comme des « des foyers pour activités séparatistes ainsi des lieux de reproduction » . Il  en résultait les concepts  tels que « l’éducation patriotique » et « frapper fort » des campagnes qui ont été menées à travers le Tibetafin des forcer les moines et les nonnes à dénoncer le Dalaï Lama et àprêter serment d’allégeance au Parti Communiste Chinois, -PCC-.

Les ordres écrits émis par les autorités provinciales du Sichuan en 2001 et 2016  précisaient que seulement 1400 et 5000 résidents seraient respectivement autorisés à rester à l’Institut. Dans les deux cas, l’endoctrinement par le Gouvernement avec des campagnes « d’éducation patriotique » avaient été tenus avec rigueur jusqu’à l’arrivée des équipes de démolition et des responsables gouvernementaux qui ont identifié les résidents. De même, les responsables gouvernementaux de divers Comtés et Préfectures ont été appelés pour tenter d’ amadouer les résidents afin qu’ils quittent volontairement et retournent dans leurs villes natales respectives. En 2016, les responsables gouvernementaux auraient essayé d’amadouer certains résidents pour un départ volontaire, en échange  de sommes d’argent. En 2001, les religieuses auraient été soumises aux mêmes conditions : diverses incitations comme de « l’argent, six yaks et six dri (la femelle du yack), la construction et la réparation de leur maison, des emplois et des alliances matrimoniales. »

En mars 1999, les autorités provinciales du Sichuan ont émis une circulaire critiquant la taille de l’Institut, sa gestion désorganisée, les  mauvaises conditions de santé et sanitaires etaccusé l’Institut de présenter de nombreux aspects négatifs. Cette circulaire  jetait donc les bases pour la démolition éventuelle et la réduction des effectifs de l’Institut, dès 2001. À la fin de juillet 2016, les autorités préfectorales de Kardze faisaient état de raisons similaires, avec des détails supplémentaires concernant la fourniture de mesures de sécurité incendie dans l’Institut. Afinappuyer leurs revendications « de sécurité incendie », les autorités en référaientà des dommages infligés à l’Institut par un gigantesque incendie en janvier 2014. La cause de l’incendie qui avait détruit environ 100 maisons et blessé des religieuses reste à ce jour inconnue. Le même mois, un autre incendie majeur avait éclaté au monastère de Lithang dans le Comté de Lithang – en Kardze  -et la cause en est tout aussi inconnue.

Une récente pétition écrite par un Tibétain au Tibet a fait son chemin vers les médias sociaux. Une copie de la pétition est disponible ici. Pour rendre la pétition politiquement acceptable, il commence par des salutations et des félicitations envers les dirigeants du Gouvernement chinois et le Parti Communiste Chinois pour le  travail sur les « droits de l’homme, la liberté religieuse, l’égalité et la démocratie ». L’auteur jette alors des doutes sur les raisons professées publiquement par le Gouvernement chinois pour la réduction des effectifs de l’Institut et se déclare préoccupé par les conséquences néfastes qu’elle pourrait avoir sur la préservation et la promotion de la langue tibétaine, de la culture et de la religion. L’auteur a publié une pétition quelque peu similaire en juin, dont une copie est toujours disponible sur Weibo.

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