Abonnez-vous à notre liste d'envoi

« La paix ne peut prendre racine tant que les droits de la personne sont bafoués. Comment la paix peut-elle régner alors que le simple fait de dire la vérité constitue un crime? »

Emmanuel Macron et le Dalaï-Lama: Opinion

19 juin 2017

Par Jean Claude Buhrer

Le Temps / Suisse, 17 juin 2017 - Le Tibet sera à sa manière un test parmi d’autres à l’aune de la «realpolitik» pour Emmanuel Macron. L’attitude par rapport au dalaï-lama est révélatrice de l’ambiguïté de la tâche d’un homme politique, surtout dans les relations avec la Chine, écrit l’ancien grand reporter Jean-Claude Buhrer.

«J’ai vu le visage de la bienveillance», s’était empressé d’écrire sur son compte Twitter Emmanuel Macron au-dessous d’une photo montrant le dalaï-lama en train de lui remettre une «khata», une écharpe de félicité. Alors que, pour ne pas s’attirer les foudres de Pékin, aucun membre du gouvernement français n’avait daigné s’afficher avec le dignitaire tibétain lors de son passage en France en septembre dernier, le candidat présidentiel d’En marche!, qui n’avait pas de responsabilité à l’époque, était allé voir le dalaï-lama dans un grand hôtel dès son arrivée à Paris. Et de le faire savoir sur les réseaux sociaux avec un autre cliché des deux hommes assis côte à côte et se tenant par la main, l’un esquissant un sourire et son hôte l’air pensif.

Le dalaï-lama, un des premiers à avoir félicité Emmanuel Macron

Se référant à leur rencontre, le chef spirituel tibétain a été parmi les premiers à féliciter Emmanuel Macron après sa victoire «convaincante» à l’élection présidentielle. «J’apprécie beaucoup les sentiments que vous avez exprimés à ce moment-là», lui a écrit le dalaï-lama, avant d’ajouter: «Comme vous le savez, je suis un admirateur enthousiaste de l’esprit de l’Union européenne et de ce qui met l’intérêt commun à long terme devant les préoccupations nationalistes. Etant donné que la France est l’un des piliers de l’Union européenne, je suis convaincu que vous pourrez jouer un rôle actif en vue de relever les défis qui nous attendent.» 

Arrivé à l’Elysée, le nouveau président saura-t-il se montrer moins pusillanime que ses prédécesseurs sur cette question particulièrement sensible avec Pékin? Le Tibet sera aussi à sa manière un test parmi d’autres à l’aune de la realpolitik pour Emmanuel Macron. L’attitude par rapport au dalaï-lama, et donc au Tibet, est révélatrice de l’ambiguïté de la tâche d’un homme politique, surtout dans les relations avec la Chine, suivant qu’il est dans l’opposition ou au pouvoir.

Les précédents français et suisses

Alors que le président Sarkozy avait renoncé à recevoir le chef spirituel tibétain en 2008, le maire socialiste de Nantes Jean-Marc Ayrault avait au contraire reçu son «ami» le dalaï-lama avec des honneurs particuliers et fait hisser le drapeau tibétain au fronton de la mairie en signe de solidarité. Au grand dam de la Chine, Nicolas Sarkozy devait finalement s’entretenir avec la plus haute figure du bouddhisme tibétain à la fin de la même année à Gdansk en Pologne à l’occasion d’une réunion de prix Nobel de la paix conviés par Lech Walesa. Paris avait ensuite été admonesté et sanctionné par Pékin. Depuis lors le dalaï-lama n’a plus vu de président français.

Huit ans plus tard, devenu ministre des affaires étrangères de François Hollande, c’est à Jean-Marc Ayrault qu’incomba la tâche d’annoncer qu’il n’était plus question de recevoir officiellement le Prix Nobel tibétain, sous prétexte que sa venue en France était une visite pastorale.

Bureau National du CCT 1425, boul. René-Lévesque Ouest, 3e étage, Montréal (Québec) H3G 1T7 Canada
T: (514) 487-0665   ctcoffice@tibet.ca
Développé par plank