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Marche de Retour au Tibet : Lettre de Tenzin Tsundu

15 mai 2008

Chers Amis,Désormais le Tibet n’est plus très loin 

 

En rangeant mon sac de couchage tôt ce matin avant le lever du soleil, j’ai déposé un khata (foulard religieux) blanc sur l’autel dédié à Sa Sainteté (le Dalai Lama) en me promettant de poursuivre mon chemin, quoiqu’il arrive.

 

Marchant en compagnie de 300 personnes, sous la chaleur, après avoir couvert une distance de 900 km à travers les états Indiens d’Himachal Pradesh, Punjab, Haryana, Delhi, et Uttar Pradesh, nous avons atteint hier la ville d’Almora, dans les montagnes de Kuamon, au nord de l’Inde dans l’état de Uttarakhand (Uttaranchal Pradesh). De là le Tibet est tout proche…

 

La “Marche de Retour au Tibet” est partie de Dharamsala le 10 mars. Ce même jour éclatèrent des mouvements de révolte, à l’intérieur du Tibet, mais aussi en de nombreux points du globe, à l’initiative des Tibétains et des partisans du Tibet : un mouvement de protestation d’ampleur mondiale.

 

Tout au long du parcours, les Indiens nous témoigné de leur humanité chaleureuse, nous soutenant dans notre démarche, et nous offrant même en certains endroits de l’eau et un abri.

Nos étapes, la plupart du temps, se tenaient dans des Ashrams, des Gurudwaras ou des écoles ; quelques fois à même le sol en bordure de route, où des municipalités mettaient à notre disposition un réservoir d’eau.

Les Indiens ont pour tradition de pratiquer de longs pélerinages à travers le pays, et l’hospitalité envers les pélerins est une coutume naturelle.

La Police nous a assisté pour la sécurité en nous escortant en jeeps ou à motos tout au long du périple, notamment au passage entre les différents territoires.

 

Vous savez sans doute que la Police Indienne nous a arrêtés le 13 mars, dans le District de Kangra, et nous a mis en détention pour 14 jours. Mais deux jours après, un deuxième groupe de marcheurs reprit le flambeau. Ensuite, une fois libérés, les premiers marcheurs rejoignirent ce groupe, malgré la procédure judiciaire intentée contre nous. Fin mars, Lobsang Yeshi (un des coordinateurs de la Marche), Choeying (directeur de Students for a Free Tibet - India), et moi-même avons été contraints de passer au Tribunal de Dehra ; et nous devrons recommencer en juin.

 

J’ai su que certains ont pu être abusés par des medias affirmant que la Marche avait été annulée. J’ai même reçu des appels téléphoniques de gens à qui j’ai dû expliquer qu’il n’en était rien.

Craignant une rapide confrontation à la frontière, Sa Sainteté (le Dalai Lama) avait recommandé aux organisateurs d’arrêter la Marche. Mais quand nous avons vu les mouvements de protestation non-violents menés si courageusement au Tibet, et notre peuple être tant réprimé encore actuellement par les Chinois, alors notre détermination devint plus forte encore, leurs sacrifices nous inspirant tous. Dans ces conditions, nous ne pouvions plus arrêter la Marche. Alors, le 19 avril, nous avons repris notre Marche de Retour au Tibet, à partir de Delhi où nous avions marqué une pause momentanée.

 

Après Delhi, la traversée de l’état d’Uttar Pradesh fut rendue pénible par la forte chaleur, la sécheresse et la poussière. Parfois des camions et des autocars sur l’autoroute furent à deux doigts de nous percuter ; mais parfois aussi, certains s’arrêtèrent pour prendre des tracts du Mouvement que nous leur tendions.

Nous marchions l’un derrière l’autre, formant une longue file s’étirant comme un mille-pattes, avec un seul et long corps. Même si la tête pouvait avoir pris le virage suivant, la queue pouvait être encore en train de parcourir le tournant précédent.

 

Les marcheurs se réveillent à 4 heures du matin, puis c’est la toilette et le pliage des sacs de couchage, des tentes et des matelas, avant de commencer la marche vers 5 heures. Quotidiennement nous faisons environ 6 à 7 heures de marche pour couvrir de l’ordre de 20 à 25 kilomètres.

L’équipe logistique et de restauration part devant avec ses camions pour aller installer le camp suivant. Dans beaucoup d’endroits l’eau reste un luxe… Nous nous lavons en bord de route sous le robinet de containers d’eau ; parfois des groupes de moines vont prendre un bain de soleil dans un champ de blé.

C’est une belle expérience que de se mettre à l’écoute de la nature, au milieu de grands espaces, sous la clarté de la lune, muni seulement d’une bouteille d’eau.

 

La plupart des marcheurs sont des moines bouddhistes qui viennent de trois universités monastiques du Sud de l’Inde. Il y a aussi quelques anciens qui se sont échappés du Tibet avec Sa Sainteté le Dalai Lama en 1959 : le plus âgé a 78 ans. Le plus jeune est un garçon de 17 ans, est né en Inde et y vécu son enfance sans avoir jamais connu le Tibet. Il y a aussi plusieurs jeunes mamans qui sont parties en ayant confié leur famille à leurs maris.

Notre équipe de communication s’efforce de diffuser l’information vers le monde extérieur. Elle s’occupe aussi d’organiser des discussions avec les medias locaux.

Lors des rassemblements le soir, après la prière quotidienne, le coordinateur media informe le groupe des nouvelles du jour. A maintes reprises, les Marcheurs se mettent à applaudir les opérations de soutien au Tibet qui se produisent dans divers endroits en Inde et à l’étranger. Les manifestations contre la torche à Londres, Paris, San Francisco, Canberra ou encore à Tokyo, provoquèrent des clameurs de satisfaction. De même, les manifestations qui se déroulent actuellement à Kathmandu reçoivent tous les éloges car la Police Népalaise est d’une grande brutalité.

 

Maintenant nous attaquons la dernière partie de la Marche. D’Almora à la frontière il y a tout juste 200 km.

Et le froid va se faire sentir au fur et à mesure de notre ascension dans la chaîne Himalayenne.

Pour ma part je sais que retourner dans son pays qui se trouve encore sous occupation étrangère, ce n’est pas chose facile. Les militaires chinois vont évidemment garder la frontière avec des mitrailleuses. La Police Indienne trouvera toujours une raison pour nous arrêter.

La confrontation est inévitable, mais nous ne nous arrêterons pas. Nous pourrions même camper près de la frontière pour une période assez longue ; il se peut aussi que nous soyons amené à faire appel à des soutiens de l’étranger. Nous marchons en pleine incertitude.

 

La Marche de Retour au Tibet est un moyen pour nous de retourner dans notre patrie, et de réclamer le respect de nos droits de vivre dans notre pays d’origine et en toute liberté.

Quoiqu’il arrive nous sommes profondément attaché à la non-violence ; nous ne nous vengerons pas. Il se peut que nous soyons battus, mis en prison, ou même que l’on nous tire dessus, mais nous n’abandonnerons pas.

Et pour moi il n’y a pas d’autre projet dans ma vie que cette Marche.

Pour nous tous Marcheurs, c’est l’engagement de notre vie.

 

Bod Gyalo! (Le Tibet vaincra!)

 

Tenzin Tsundue, marchant vers le Tibet

Le 13 mai 2008 à Almora, état d’Uttarakhand, Inde

 

Pour plus d' Information sur la marche :

 

Pour suivre l’actualité quotidienne de la Marche, avec des photos, et les histoires personnelles sur les Marcheurs, veuillez visiter notre site http://www.tibetanuprising.org/

 

Sur la Marche il y a un certain nombre de non-Tibétains – les “support marchers” – qui marchent avec nous pendant quelques jours, ou parfois depuis le début. Si vous êtes intéressés pour nous rejoindre, veuillez contacter les Coordinateurs :

Sherab Woeser  sherabwoeser@yahoo.com (portable: 0091-9418394426) et Lobsang Yeshi (portable: 0091-9410936742 / 9756969141).

Si vous habitez loin ou si vous ne pouvez pas nous rejoindre, alors aidez nous en relayant ce message autour de vous.

Les dons en matériels – sacs de couchage, chaussures ou matelas, … - peuvent être aussi très utiles.

Votre soutien financier, quelque soit le montant, peut aider à l’approvisonnement en nourriture et en eau pour nous aider à poursuivre. Je compte aussi sur la contribution de chaque Tibétain à ce Mouvement.

Bureau National du CCT 1425, boul. René-Lévesque Ouest, 3e étage, Montréal (Québec) H3G 1T7 Canada
T: (514) 487-0665   ctcoffice@tibet.ca
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