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« Si nous voulons contribuer à l’avènement d’un avenir plus heureux, plus stable et plus civilisé, chacun de nous doit cultiver un sentiment sincère et chaleureux de fraternité. »

Un dissident chinois contre les anti-Robert Ménard

6 octobre 2008

Aujourd'hui la Chine 1er Octobre 2008

http://www.aujourdhuilachine.com/actualites-chine-un-dissident-chinois-contre-les-anti-robert-menard-9218.asp?1=1&Commentaires=1

Quand je vois les médias en Chine qui ne peuvent plus aborder le sujet du scandale du lait frelaté, ne donnant plus le chiffre de nourrissons malades, je pense à Robert Ménard, fondateur et secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), qui quitte ses fonctions, contesté et insulté par des Français qui prétendent aimer la Chine.

Avec Robert, RSF est très connu et très respecté en Chine, notamment parmi les journalistes et les internautes, malgré la haine apparente du gouvernement. Même les nationalistes, qui ont accusé les médias occidentaux il y a quelques mois, critiquent rarement RSF. La raison est toute simple : quelle que ce soit la divergence d'opinion politique, tous les Chinois subissent la censure dans la vie quotidienne et leur désir de s‘exprimer n‘a jamais été aussi fort.

C'est en France que je vois le plus grand nombre de personnes qui détestent Ronert Ménard, à cause de sa position concernant la Chine. Cela me permet de voir un gros cynisme et de la lâcheté chez certains Français.

Critiquer Robert, c'est oublier la promesse non tenue du gouvernement chinois

Je connais personnellement Robert. Je sais que, sur la question des JO, il a tenté d'abord de dialoguer avec Pékin. En janvier 2007, il a accepté l'invitation du gouvernement chinois malgré l'opposition des nombreuses associations et des militants des droits de l'homme. A Pékin, les responsables des ministères l'ont reçu et lui ont fait la promesse de « faire quelques gestes, RSF ne serait pas déçu ». RSF ainsi ne ferait pas appel au boycottage des JO.

Je me souviens très bien de ce moment car je soutenais Robert dans sa tentative de discuter avec la Chine, et j'étais content du résultat de sa première visite. Mais on a vu plus tard que non seulement le gouvernement chinois n'a rien fait, mais il a renforcé encore la répression. Hu Jia a été arrêté, Huang Qi a été mis en prison à la veille des JO, la répression au Tibet continue…

Je discute souvent avec mes amis de RSF. Je sais qu'à propos des JO, leur position a été assez modérée. Depuis que Pékin a été désigné pour l'organisation des JO en 2001, RSF déterminait sa stratégie : saisir le moment de la préparation des JO, c'était une opportunité rare pour mettre la pression sur le gouvernement chinois afin d'élargir la marge de manœuvre de la liberté d'expression en Chine, au moins pour faire libérer quelques journalistes et internautes emprisonnés.

Des Chinois ont payé cher que leur presse ne puisse les avertir sur le lait frelaté

Quand on critique Robert, on oublie la promesse non tenue du gouvernement chinois, on oublie que l'on a eu tort de croire que les JO allaient rendre automatiquement la Chine plus ouverte, plus transparente, voire plus démocratique. On oublie que avant et pendant les JO, la presse, même la Chine entière, a été étouffée.

Des Chinois ont payé cher : avec le contrôle des médias, la presse n'a pas pu avertir les Chinois sur le lait frelaté en mars. Des dizaines, peut être des centaines de milliers de nourrissons sont ainsi malades. C‘est une véritable catastrophe nationale.

Le premier août, un accident de boue dans la province de Shanxi a enterré vivantes plus de quarante personnes. Pour les JO, le gouvernement l'a dissimulé. Et trois semaines plus tard, un même type d'accident dans la même région s'est produit : il a fait deux cent soixante morts selon le gouvernement, mais plus de deux milles selon Min Bao, un journal sérieux à Hongkong !

A cause de cela, moins d'un mois après les JO, de nombreux Chinois ne veulent plus entendre parler des Jeux, certains parents d'enfants malades et leurs proches crient même :

J'ai la haine des JO !

Les JO à Pékin, qui sont liés à tant de désastres, sont un souvenir douloureux pour un grand nombreux des Chinois. C'est pour cela que le gouvernement a avancé la date de lancement de vaisseau Shen Zhou VII il y a quelques jours pour rattraper le coup avant la fête nationale, le premier octobre.

Tout cela n'était pas inévitable, même sous le régime actuel. Les JO auraient pu se dérouler autrement, les Chinois auraient dû en être fiers durablement.

Pour moi, les Français qui critiquent RSF comme ayant « saboté le passage de flamme olympique à Paris » ne connaissent même pas leur propre pays. Personnellement, à la fin du mois de mars, après les émeutes au Tibet, j'ai été stupéfait par l'annonce de ce passage. J'ai dit à mon ami français que dans la situation actuelle, c'est une décision stupide de la part du CIO :

« L'histoire a déjà bien montré que, dans un pays comme la France, si même moins d'un pourcent de la population, même quelques centaines, quelques dizaines d'individus déterminés, voulaient perturber une manifestation sur un si long parcours à Paris, ils réussiraient. »

1968 à Paris contre 1989 à Pékin

Mais personne, ni les hommes politiques français ni ceux du CIO, n'avaient osé en avertir franchement et publiquement le gouvernement chinois, qui ne connaît rien du tempérament des Français, ne sait rien de mai 1968 à Paris et ne connaît que l'année 1989 à Pékin. Il ne comprends pas pourquoi on n'a pas envoyé les chars dans les rues pour protéger la flamme olympique, il est trop flatté par ses élites ainsi que celles des Occidentaux et s'est trompé…

Robert Ménard n'est nullement un spécialiste de la Chine. Mais en comprenant l'importance de la liberté de la presse, il touche le cœur des Chinois. Désormais, cette liberté est une question de vie ou de mort pour des enfants, des hommes pauvres.

Robert n'est pas un homme parfait, loin de là, mais un homme de passion et d'action. Il ne se contente pas de faire une déclaration sur le papier, il sait que cela touche peu les dictateurs. Il a ainsi fait trembler les dictateurs. C'est rare dans une France de plus en plus froide.

En revanche, des hommes « raisonnables », qui n'admirent que les hommes au pouvoir et n'aiment qu'eux-mêmes devant le miroir des toilettes, sont trop nombreux.

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