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Chine-France: l'humiliante normalisation

11 avril 2009

L' Express, Marc Epstein 2 avril 2009 http://www.lexpress.fr/outils/imprimer.asp?id=751334

Nicolas Sarkozy a rencontré son homologue chinois, ce mercredi, à Londres. Signe d'un adoucissement des relations entre Pékin et Paris, très tendues à cause de la question tibétaine. Mais pourquoi la Chine ne réserve-t-elle pas le même traitement à Berlin, alors que le dalaï lama y est invité? Explications.

Après une brouille d'un an ou presque autour de la question du Tibet, les relations entre Paris et Pékin semblent en voie de normalisation: les présidents Nicolas Sarkozy et Hu Jintao se sont rencontrés durant une quarantaine de minutes, mercredi 1er avril à Londres, en marge du sommet du G 20. L'entretien, qui n'était pas prévu dans le programme officiel, a été annoncée par la présidence française le jour même, après la publication dans les deux capitales d'un communiqué que beaucoup jugeront humiliant pour la France, tant il semble dicté, par endroits, par les dirigeants chinois. On y lit, en particulier:

"La France mesure pleinement l'importance et la sensibilité de la question du Tibet et réaffirme qu'elle s'en tient à la politique d'une seule Chine et à sa position selon laquelle le Tibet fait partie intégrante du territoire chinois, conformément à la décision prise par le général de Gaulle qui n'a pas changé et ne changera pas. Dans cet esprit et dans le respect du principe de non-ingérence, la France récuse tout soutien à l'indépendance du Tibet sous quelque forme que ce soit."

Les manifestations pendant le passage, l'an dernier, de la flamma Olympique à Paris, avaient déjà déplu à Pékin. Mais l'annonce par Nicolas Sarkozy de sa rencontre avec le Dalai Lama, le 6 décembre 2008 en Pologne, a encore aggravé les relations entre les deux pays. La réplique de la Chine a été immédiate: outre l'annulation du sommet Chine-Union européenne, prévu le 1er décembre à Lyon, Pékin a menacé Paris de sanctions économiques.

La France occupe la place d'un pays vassal

Pourquoi la Chine vise-t-elle ainsi la France? Pourquoi Gordon Brown et Angela Merkel, par exemple, peuvent-ils inviter le dalaï lama et critiquer certains aspects de la politique chinoise, sans risquer de mettre en péril les relations commerciales de leurs pays respectifs avec la Chine?

D'abord, la France est sans doute plus vulnérable que d'autres aux menaces de boycott: nos exportations vers la Chine reposent, pour une part importante, sur de gros contrats d'entreprises liées peu ou prou à l'Etat (Airbus, etc.) Or, les exportations de la France vers la Chine ont diminué en 2008 pour la première fois depuis 10 ans. Et il n'est pas question, pour Paris, de laisser passer l'opportunité que représente le récent plan de relance de l'économie chinoise, et ses 400 milliards d'euros injectés par Pékin pour relancer l'économie du pays...

Sur le plan politique, ensuite, voilà de longues années que la France occupe, dans la diplomatie chinoise, la place d' un pays vassal "Nous sommes persuadés qu'il faut être gentil avec les Chinois pour que les Chinois soient gentils en échange, explique Jean-Vincent Brisset, spécialiste du pays, dans un entretien au Monde. Nous sommes ainsi considérés comme un pays femelle, faible et qui change tout le temps d'avis. Or la Chine ne respecte que la force."

Humilier Paris, c'est affaiblir Bruxelles...

Sur le fond, surtout, Pékin ne cherche pas à humilier Paris pour le plaisir, mais plutôt pour semer une certaine zizanie au sein de l'Union européenne. Seule une Europe unie serait en mesure d'imposer des quotas, par exemple. Humilier Paris, c'est affaiblir Bruxelles. Et Pékin n'a jamais oublié que c'est à l'initiative de diplomates français que l'Europe impose, depuis 1989, un embargo sur les ventes de certaines armes à la Chine...

La Russie a bien compris la leçon. Alors que Pékin fait les gros yeux à Paris et menace de ranger son carnet de chèques, Moscou, pour sa part, use de ses réserves de gaz pour arracher à Berlin, en particulier, des concessions d'ordre politique. L'un et l'autre parviennent ainsi à fragilier le front européen. Stratégie un peu dérisoire, sans doute, mais payante.

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