Abonnez-vous à notre liste d'envoi

« Si nous voulons contribuer à l’avènement d’un avenir plus heureux, plus stable et plus civilisé, chacun de nous doit cultiver un sentiment sincère et chaleureux de fraternité. »

Chine: le combat d'un artiste pour les enfants morts dans le séisme

19 avril 2009

A.F.P 16 Avril 2009 http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jm0-os9DUyeEysjPdE3jkcROzNVA

PEKIN (AFP) — Près d'un an après le séisme en Chine, l'artiste Ai Weiwei s'est lancé dans une tâche risquée: recenser les noms des jeunes décédés dans les écoles qui s'étaient effondrées, afin de leur rendre hommage, une liste que les autorités n'ont toujours pas publiée.

"Je suis allé au Sichuan (sud-ouest) juste après le séisme, je voulais voir par moi-même, non à travers la propagande de la télévision", explique Ai, dans le lieu paisible qui lui sert de maison et de studio, où sur l'un des murs sont affichés des feuilles portant les noms des jeunes victimes.

"J'ai vu beaucoup de choses, j'ai pris des photos", poursuit-il, dans un entretien avec l'AFP, dans sa "tanière", à la périphérie est de Pékin, entouré d'une quarantaine de chats.

Ai Weiwei avait, dans un premier temps, pensé à un projet artistique après ce drame qui a endeuillé une nation entière avec près de 88.000 morts et disparus.

"Au tout début, je voulais réaliser un travail artistique concernant la vie et la mort, pour ma prochaine exposition à Munich".

Mais, très vite, Ai Weiwei, 51 ans, le fils du grand poète contemporain Ai Qing, a dérivé vers autre chose après s'être rendu compte de l'absence d'un chiffre précis pour le bilan des enfants morts.

"Nous avons donné 200 coups de téléphone au gouvernement provincial du Sichuan pour qu'on nous donne la liste", poursuit celui qui ressemble à un Bouddha jovial, affublé d'une barbe poivre et sel.

"S'il nous l'avait donnée, nous n'aurions pas besoin de faire cela, mais on nous a répondu que c'était un secret d'Etat et on nous a demandé pourquoi nous faisions cela".

L'aventure n'est pas sans risques.

Des parents ont été intimidés dans les mois qui ont suivi le tremblement de terre du 5 mai au Sichuan (sud-ouest) pour avoir osé demander des comptes. Certains évoquaient le spectre de la corruption qui aurait pu expliquer pourquoi des milliers d'établissements scolaires s'étaient écroulés, alors que d'autres bâtiments avaient résisté.

Des militants ont été interpellés ou harcelés pour avoir voulu enquêter sur le sujet.

Si Ai n'a pas été inquiété personnellement, sûrement en raison de sa notoriété, il n'en est pas de même pour les volontaires qui travaillent au projet sur le terrain, des étudiants et de jeunes professionnels pour la plupart.

"Tous les jours, on a des retours de nos volontaires, entre 60 et 100 sur le terrain, c'est difficile, beaucoup ont été harcelés, mais ils continuent à travailler, ils pensent que ce qu'ils font est juste".

"Mon premier but est de rendre hommage à tous ces morts, ces élèves, c'est le plus important, leur donner de la dignité", dit-il.

Une autre raison est de "pousser le gouvernement local à être plus transparent, à ne rien cacher".

A la mi-avril, plus de 5.000 noms ont été recueillis, avec l'âge, le sexe, l'établissement fréquenté.

"C'est très impressionnant, nous continuons à recevoir des noms chaque jour".

Ils sont aussi sur son blog, même si la censure veille.

"Les listes avec les noms sont enlevés, je les remets, ils les enlèvent, c'est un jeu étrange, ce ne sont pas des commentaires, juste des noms, pourquoi en ont-ils peur? Ils pourraient me parler, en discuter, mais ils se contentent de les enlever, c'est puéril".

Ai Weiwei met en avant les déclarations récentes du Premier ministre Wen Jiabao, qui s'est déclaré en faveur de la transparence.

Dans son "plan d'action national pour les droits de l'Homme" publié lundi, le gouvernement chinois s'est engagé à "respecter les victimes du séisme (et à) recenser les noms de ceux qui sont morts ou disparus (...) et à les faire connaître au public".

Bureau National du CCT 1425, boul. René-Lévesque Ouest, 3e étage, Montréal (Québec) H3G 1T7 Canada
T: (514) 487-0665   ctcoffice@tibet.ca
Développé par plank