Abonnez-vous à notre liste d'envoi

« Le Canada peut, dans une atmosphère cordiale et constructive, demander au gouvernement chinois de résoudre la situation du Tibet. »

Tiananmen: 20 ans après, un survivant continue à témoigner malgré le harcèlement du régime Chinois

19 avril 2009

La Presse Canadienne 13 Mars 2009

http://www.google.com/hostednews/canadianpress/article/ALeqM5ifQjm9cgoGD9BBDCA9m105R8jKJg

PEKIN — Qi Zhiyong n'a rien oublié: l'odeur âcre des gaz lacrymogènes, les chars écrasant les manifestants et la douleur ressentie quand une balle a déchiré sa jambe. Vingt ans après le massacre de la place Tiananmen, il continue à témoigner, malgré le harcèlement du régime, de la répression sanglante du "Printemps de Pékin".

Les manifestations étudiantes, déclenchées par le décès le 15 avril 1989 de l'ancien secrétaire général du Parti communiste chinois Hu Yaobang, un réformiste écarté du pouvoir par les durs du régime, étaient restées largement pacifiques même après l'instauration de la loi martiale le 20 mai.

Mais à partir du 3 juin, une violente répression commença à s'abattre sur le mouvement. "J'ai vu des personnes se faire écraser. Il y avait du sang partout", se souvient M. Qi, qui était alors un ouvrier en bâtiment âgé de 33 ans. "Les chars continuaient à avancer comme si les gens n'étaient pas là. Mes cheveux se sont dressés sur ma tête."

En Chine, le massacre de la place Tiananmen reste un sujet tabou. La version officielle évoque des émeutes "contre-révolutionnaires", et affirme que la répression du mouvement, menée du 3 au 9 juin, a préservé la stabilité sociale et ouvert la voie au développement économique.

Témoin et victime -il a perdu une jambe-, M. Qi, jadis un fidèle supporter du Parti communiste, n'a plus aujourd'hui qu'un objectif: raconter ces événements occultés par le régime. Son militantisme au service de la mémoire lui a coûté son travail, sa première épouse et sa liberté. Malgré tout, il continue, porté par sa récente foi chrétienne et sa détermination.

"La nouvelle génération mange des hamburgers et porte des marques célèbres, mais quand on évoque le 4 juin (1989, point culminant de la répression, ndlr), elle n'a qu'une compréhension très vague de ce qui s'est passé", explique-t-il. "La démocratie est pour tout le monde et il faut parler aux gens pour mettre cette idée à leur portée."

"Le Parti communiste affirme être le sauveur du peuple (...). Il dit aimer le peuple et se soucier des droits de l'Homme", dit encore M. Qing. "Mais il a tiré sur le peuple et, 20 ans plus tard, il ne le reconnaît toujours pas."

Les autorités chinoises s'en prennent à ceux qui osent parler. Zhang Shijun, un ancien soldat qui avait participé à la répression et a appelé à une réévaluation des événements de juin 89 a été arrêté le mois dernier après avoir donné une interview à l'Associated Press. On ignore ce qu'il est devenu.

Au fil des ans, M. Qi a accordé des entretiens à des médias et groupes de défense des droits de l'Homme étrangers. Il a été arrêté à de nombreuses reprises. Il est suivi par des agents de sécurité qui surveillent son minuscule appartement de 12 mètres carrés, qu'il partage avec sa seconde épouse, leur fille de 12 ans et une autre famille, à Pékin.

"Beaucoup de gens qui ont été persécutés depuis 1989 ont tenté de parler, mais M. Qi est l'un des plus persévérants", souligne Renee Xia, directrice internationale des Défenseurs chinois des droits de l'Homme. Non seulement il tente d'obtenir justice pour lui, mais il parle également pour d'autres, ce qui lui vaut d'être la cible de harcèlement et de représailles des autorités, explique Mme Zia.

M. Qi raconte que la sécurité publique l'oblige à quitter Pékin avec sa famille lors d'événements jugés sensibles par le régime, comme les Jeux olympiques organisés l'an dernier. Le mois dernier, sa liberté a déjà été réduite dans la perspective du 20e anniversaire de Tiananmen, explique-t-il. Il ajoute que des agents de sécurité l'ont mis en garde: "Comportez-vous bien. (...) Tôt ou tard, vous serez emprisonné cette année, même si vous êtes infirme."

Après avoir été amputé, il portait souvent des shorts pour laisser paraître ses cicatrices et raconter ce qui lui était arrivé à ceux qui lui demandaient. Son ancien employeur, une entreprise publique qui l'a licencié à cause de sa blessure, lui a proposé 100.000 yuans (20.000 euros en 1989) en échange de son silence sur la manière dont il avait perdu sa jambe, dit-il. Il a refusé.

Aujourd'hui, lui et sa famille survivent avec les 340 yuans (38 euros) versés par son ancienne entreprise et les 800 yuans (90 euros) gagnés par son épouse, qui travaille à temps partiel. Il précise qu'il souffre d'hypertension, de diabète et de problèmes cardiaques.

Bureau National du CCT 1425, boul. René-Lévesque Ouest, 3e étage, Montréal (Québec) H3G 1T7 Canada
T: (514) 487-0665   ctcoffice@tibet.ca
Développé par plank