Abonnez-vous à notre liste d'envoi

« La paix ne peut prendre racine tant que les droits de la personne sont bafoués. Comment la paix peut-elle régner alors que le simple fait de dire la vérité constitue un crime? »

Une ONG chinoise remet en cause la version officielle sur la révolte tibétaine de 2008

14 juin 2009

Le Monde, Brice pédroletti , 13 Juin 2009


http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2009/06/13/une-ong-chinoise-publie-un-rapport-mettant-en-cause-la-version-officielle-sur-la-revolte-au-tibet-en-mars-2008_1206467_3216.html

Plus d'un an après les manifestations qui ont secoué Lhassa en mars 2008, une organisation non gouvernementale (ONG) chinoise ose
prendre à revers la thèse officielle et simpliste sur les événements, en publiant les résultats d'une enquête d'un mois sur le terrain, dans la
province du Gansu, près de Xiahe et Hezuo, ainsi qu'au Tibet même, à Lhassa et Haidong.

Rédigé par quatre chercheurs pour le compte de l'ONG Gongmeng ( Site : http://www.gongmeng.cn/en/index.php ), un tel rapport, qui
soulève des questions taboues en Chine, aurait difficilement pu voir le jour s'il n'avait pas été le fait de Chinois Hans (population majoritaire en
Chine), oeuvrant sous couvert de recherches universitaires.
Gongmeng, fondée en 2003, n'est autre que la plate-forme des "avocats des droits de l'homme". Plusieurs de ses membres ont par ailleurs
entrepris ces derniers mois de défendre des Tibétains accusés de divers crimes suite aux troubles de 2008, non sans s'exposer au harcèlement
policier.
Intitulé "Rapport d'enquête sur les causes sociales et économiques de l'incident du 14 mars dans les zones tibétaines" - ce jour-là, ont eu lieu
au Tibet les plus importantes manifestations depuis celles de 1989 à Lhassa -, le texte d'une quarantaine de pages annonce très vite la couleur :
au-delà des prétendus "facteurs externes" qui ont contribué à échauffer les esprits au Tibet en 2008, les auteurs notent combien ils ont
ressenti, sur place, "le mécontentement populaire et la colère qui se cachaient derrière les incidents, et la complexité de leurs causes
sociales".
Il serait vain, expliquent-ils en substance, de faire l'économie d'un débat "autour des causes
Il serait vain, expliquent-ils en substance, de faire l'économie d'un débat "autour des causes historiques de ces contradictions", des "questions
de sentiment religieux et d'identité ethnique" ainsi que de "la réalité profonde des problèmes de conflits d'intérêts" au coeur de ce
mécontentement. Ils s'en prennent ouvertement à la "surexposition de la violence du 14 mars par la propagande" à travers les médias, qui n'a
conduit qu'à "attiser les rancoeurs entre Hans et Tibétains".
En s'intéressant à l'entreprise de modernisation du Tibet par le gouvernement chinois, l'enquête révèle les limites des politiques de
"développement rapide" lancées dans les années 1990, qui ont en réalité "créé les bases d'une marginalisation accrue" des Tibétains. Ce sont
"les nouveaux venus, les Non-Tibétains, qui sont les premiers à bénéficier (de la) stratégie de chances pour tous" à Lhassa et ailleurs,
soulignent les auteurs.
Surtout, "une nouvelle aristocratie" s'est substituée à l'ancienne. A la tête de "ressources sociales complexes", elle est "plus puissante que
l'ancienne aristocratie" et a adopté des "pratiques rentières". Son pouvoir provient "d'une source de légitimité externe", le gouvernement
central, ce qui accroît l'aliénation de la population. Le prétexte du "maintien de la stabilité", les "accusations de séparatisme", ou "de forces
étrangères" masquent comme "un cache-sexe les erreurs de gestion (des dirigeants locaux) justifiant la répression du mécontentement
populaire", lit-on. L'extrême indigence des politiques culturelles et éducatives en langage tibétain a contribué, constatent les auteurs, à créer
une jeunesse tibétaine désoeuvrée et ignorante de sa propre histoire culturelle.
Enfin, le rapport considère que le "bouddhisme tibétain", qui "est à la base du système et de la culture traditionnelle tibétaine, non seulement
ne devrait pas être considéré comme un obstacle à la modernisation mais plutôt comme une base sur laquelle il faut compter pour la
promouvoir".
L'enquête de Gongmeng est bienvenue dans le contexte d'omerta qui règne autour de la question tibétaine en Chine : de source chinoise et
indépendante, elle confirme et nourrit la plupart des problèmes exposés par les ONG tibétaines en exil.
Accessible en ligne, sa diffusion reste toutefois confidentielle - aucun média chinois n'en a encore fait l'écho. Mais elle a tout lieu de ne pas
passer inaperçu à Pékin. "Le but est de proposer des idées constructives au gouvernement. Il est indispensable d'avoir des voix plurielles lors
d'un événement aussi complexe que celui du 14 mars", confie, à Pékin, Zhang Boshu, professeur à l'Académie des sciences sociales. Proche
de Gongmeng, il est l'auteur, en 2008, d'un texte corrosif sur le rôle historique du Parti communiste du Tibet.
"Le problème du Tibet est avant tout une question des droits de l'homme. Mais ce n'est pas que cela. Les violations des droits de l'homme
sont un effet, et non une cause. La cause du problème du Tibet, c'est un système dictatorial irrationnel", y écrit-il.

Bureau National du CCT 1425, boul. René-Lévesque Ouest, 3e étage, Montréal (Québec) H3G 1T7 Canada
T: (514) 487-0665   ctcoffice@tibet.ca
Développé par plank