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« Le Canada peut, dans une atmosphère cordiale et constructive, demander au gouvernement chinois de résoudre la situation du Tibet. »

Entrevue de Bastien Hugues du Figaro de Jean Luc Doménach , Sinologue : «Les Ouïghours sont détestés des Chinois»

9 juillet 2009

Le Figaro 7 Juillet 2009

http://www.lefigaro.fr/international/2009/07/07/01003-20090707ARTFIG00449-les-ouighours-sont-detestes-par-les-chinois-.php

Sinologue, Jean-Luc Domenach est directeur de recherche au Centre d'études et de recherches internationales (CERI). Auteur de nombreux ouvrages sur la Chine, il a récemment publié «La Chine m'inquiète» (éd. Perrin, 2008).

Les émeutes du Xinjiang mettent aux prises les Ouïghours et les Hans. Qui sont-ils ?
Les Hans forment l'ethnie chinoise majoritaire et sont environ 10 millions dans la province du Xinjiang, tandis que les Ouïghours sont environ 8 millions et sont une population musulmane d'origine turque [arrivée en Chine au 8e siècle, ndlr]. Les Ouïghours se plaignent de la colonisation du Xinjiang par les Chinois, qui a commencé dès le XVIIIe siècle et qui a été relancée par les communistes depuis 1949.
Pourquoi les Ouïghours et les Hans s'affrontent-ils aujourd'hui ?
Il y a déjà eu de très nombreuses révoltes de la part des Ouïghours, notamment au début et à la fin des années 60 et au début des années 90, parce que leur sentiment identitaire est particulièrement fort. En fait, il y a un esprit de résistance des Ouïghours depuis que les Chinois les Hans colonisent le Xinjiang. Dans les années 1940, il y a même eu une République ouïghoure du Turkestan, indépendante de la Chine. Aujourd'hui, cette résistance est d'autant plus forte que les Ouïghours ont le sentiment que la progression de l'économie chinoise se fait à leurs dépens et facilite une domination croissante des Chinois sur leur population.
Que représente le Xinjiang pour Pékin ?
Cette région constitue un véritable enjeu de sécurité publique pour les autorités chinoises, puisqu'il s'agit d'un très vaste espace, situé au centre d'une zone très fragile près du Tadjikistan, du Kirghizstan ou de l'Ouzbékistan, et où se font notamment les essais nucléaires chinois.
Les liens que Pékin dresse entre les Ouïghours et le terrorisme islamiste sont-ils crédibles ?
Absolument pas. Ce sont des histoires. Pour beaucoup de pouvoirs en place, il est toujours facile d'établir un lien entre les résistances ethniques et le terrorisme. En réalité, seuls quelques Ouïghours ont intégré les rangs d'al-Qaida, mais il s'agit de cas extrêmement minoritaires. En général, les Ouïghours sont d'ailleurs d'un islam très modéré.

«La répression risque d'être épouvantable»

Peut-on dresser un parallèle entre les troubles au Xinjiang et les émeutes au Tibet en 2008 ?
Il y a en effet plusieurs points communs. D'abord en ce qui concerne le retentissement médiatique international actuel, et puis il y a le même décalage entre ce modeste peuple ouïghour et les un milliard trois-cents millions de Chinois. La répression risque d'être épouvantable. Néanmoins, il y a une différence majeure, c'est que les Ouïghours sont beaucoup plus dangereux que les Tibétains. Premièrement parce qu'ils sont très bagarreurs et très organisés, ce sont de vrais guerriers ! Et deuxièmement parce que, contrairement à ce qui existe chez les Tibétains, il y a parmi les Ouïghours de vraies élites ainsi qu'une vraie diaspora à travers le monde.
Est-ce que les Chinois comprennent cette révolte ouïghoure ?
Les Ouïghours ne sont pas très aimés en Chine. Un peu comme les gens du voyage chez nous, ils ont une mauvaise réputation, ils sont souvent accusés d'être des brigands, des voleurs… Du coup, je ne suis pas sûr qu'il y ait une grande solidarité envers les Ouïghours de la part des Chinois, et notamment de la part de la jeunesse chinoise, qui connaît actuellement une véritable explosion de nationalisme.
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