Abonnez-vous à notre liste d'envoi

« La paix ne peut prendre racine tant que les droits de la personne sont bafoués. Comment la paix peut-elle régner alors que le simple fait de dire la vérité constitue un crime? »

Appel du Congrès Mondial Ouïghour adressé à l'ONU, au Parlement européen et à tous les Gouvernements du monde.

28 juillet 2009

Traduit à Dharamsala (Inde) par Damien Guiot le 20 Juillet 2009 

"Le Congrès Mondial Ouïghour (CMO) (1) et les Communautés ouïghoures partout dans le monde sont profondément choqués de voir réprimées dans un bain de sang les protestations du 5 juillet 2009 à Urumqi(2). Ces troubles faisaient suite aux provocations du régime communiste et à sa violente répression des manifestations pacifiques à l'initiative d'étudiants ouïghours protestant contre l'inaction du Gouvernement de la province de Canton face au lynchage d'ouvriers ouïghours dans une fabrique de jouets en juin dernier.

 

Dans cette usine le Gouvernement prétend qu'il n'y a eu que 2 ouvriers Ouïghours tués et seulement 118 blessés. Mais des témoins et des sources indépendantes affirment que le bilan est bien pire: en fait, au moins 30 Ouïghours - hommes et femmes - auraient été battus à mort et des centaines de Ouïghours seraient gravement blessés.      (Urumqi, le 5 juillet 2009)

Le 10 juillet 2009, une semaine environ après les violences d'Urumqi, le Gouvernement chinois a annoncé publiquement son bilan des victimes: 184 personnes auraient été tuées, dont 46 Ouïghours (les autres seraient des Chinois Hans). Le Congrès Mondial Ouïghour rejète ces chiffres en s'appuyant sur les témoignages de Ouïghours qui ont pu contacter des Représentants du CMO aux Etats-Unis, en Allemagne et en Turquie. Ces témoins oculaires affirment que, le 5 juillet, la Police était déjà sur la Place du Peuple à Urumqi avant que les manifestants ouïghours n'y parviennent. Dès leur arrivée, les Policiers les auraient alors brutalement frappés puis arrêtés. Ainsi, en quelques heures seulement, cette manifestation pacifique et bien préparée fut plongée dans la violence.

Les manifestants Ouïghours arboraient des drapeaux chinois: cela prouve à l'évidence qu'ils n'avaient aucunement l'intention de donner un tour brutal à leur protestation. Les Autorités chinoises étaient au courant de la manifestation: elle avait été annoncée sur internet. Ils avaient eu tout le temps pour décider de l'attitude à adopter.

La manifestation a débuté selon nos sources vers 17h00 (heure locale; 19h00 à Pékin). Immédiatement les Forces de sécurité se sont mises à tabasser, à pourchasser les gens et à les arrêter. Et cela pendant de nombreuses heures d'affilée. Notamment à 20h30 (heure locale) la Police a poursuivi des manifestants Ouïghours dans trois Allées (l'Allée ''Old Malbazar'' près de Sanshihangzi, l'Allée ''Haba'' près de l'Ecole élementaire No. 28, et celle longeant le ''Border Hotel''). Ils ont coupé l'électricité dans Urumqi pendant 90 minutes: pendant ce laps de temps les Forces de sécurité, munies d'armes automatiques et déployant leurs véhicules blindés, ont encerclé la foule.

C'est alors qu'elles ont fait feu de toute la puissance de leur armement militaire. On peut entendre ces rafales de tirs dans les nombreuses vidéos réalisées cette nuit là et accessibles sur YouTube. Adam Grode, professeur d'Anglais résidant près de l'endroit où s'est produit la tuerie, a déclaré que vers minuit, alors que certains blindés avaient quitté les lieux, on pouvait encore entendre les tirs d'armes à feu. D'après ce que disent des témoins oculaires, on estime qu'environ 1000 personnes ont été tuées au cours de ces seules 90 minutes (en majorité des Ouïghours). Le Premier Ministre de la Turquie compare cette opération à un génocide.

A 22h00 l'électricité est remise en route à Urumqi: la Police se met alors à perquisitionner les habitations dans le secteur des trois Allées où le carnage a eu lieu, en arrêtant tous les hommes de plus de 14 ans. Les Policiers les ont forcés à se dévêtir, et à ne garder que leurs sous-vêtements, avant de les charger dans plusieurs camions.

Compte tenu des antécédents de la Chine en matière de répression et d'arrestations massives de Ouïghours dans des manifestations passées, nous avons la ferme conviction que les Autorités chinoises ont dû arrêter plus de 5000 Ouïghours au cours de cette seule nuit (essentiellement des hommes). Ce qui explique pourquoi à partir du 7 juillet, on n'ait plus vu que des femmes et des enfants dans les manifestations.

Un témoin raconte avoir vu un jeune Ouïghour de 20 ans être victime de deux tirs. Il s'est écroulé dans un fossé non loin de là avant d'y mourir. On a retrouvé son corps le lendemain. Bouleversés par ce qui était arrivé au jeune homme, une dizaine de Ouïghours au moins - essentiellement des femmes et des jeunes habitant le quartier – se sont rassemblés sur les lieux du drame. Alors, des Policiers sont arrivés avec un camion dans lequel ils ont emporté le corps, et ils ont embarqué toutes les personnes présentes. Depuis on ne sait pas ce qu'ils sont devenus; aucune information non plus sur d'autres Ouïghours arrêtés.

 

Origine de ces émeutes

 

Ce qui a provoqué la manifestation pacifique d'Urumqi du 5 juillet est la passivité dont a fait preuve le Gouvernement lorsque des Ouïghours ont été battus à mort et que plusieurs centaines furent blessés dans une usine de jouets près de Canton le 25/6/2009.

A cela s'ajoutait le fait que Pouvoir chinois ait annoncé que seuls 2 ouvriers ouïghours étaient morts et qu'il y avait eu 118 blessés dans ce conflit racial. En plus ils ont déclaré que ces actes de violence avaient été déclenché par un message sur Internet dans lequel un Chinois Han, ex-employé de l'usine, disait que des Ouïghours avaient violé deux Chinoises Hans.

Le CMO estime qu'il s'agit ici d'une présentation fallacieuse des faits. On ne peut croire qu'un simple message d'accusation posté sur internet ait pu provoquer la mobilisation de plusieurs milliers d'employés Hans, en les amenant à s'armer de tubes métalliques et de de massues avant de se précipiter sur les cantonnements de l'usine où ils se sont mis à tabasser tous les ouvriers Ouïghours et, dans bon nombre de cas, jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Dans le journal Guardian, un article daté du 10/7/09 raconte: « Un employé de l'usine expliquait qu'il avait tenu à participer au lynchage parce qu'il avait été furieux de voir que les viols(3) avaient été laissés impunis. ''Je voulais juste leur donner une bonne leçon. Je déteste ces mecs du Xinjiang,'' disait-il. ''On était à 7 ou 8 pour tabasser chaque type. Des Ouïghours ont tenté de se cacher sous les lits. Avec des barres de fer on les a tabassé à mort. Après on les a traînés dehors et on a entassé les corps.'' Se tenant accroupi à l'ombre d'un immeuble à moitié construit, ce Chinois Han – préférant resté anonyme – ajoutait que le Gouvernement mentait concernant le bilan des victimes. Lui-même reconnaissait être impliqué dans la mort de 7 ou 8 Ouïghours, tabassés jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent de crier. Il en déduisait qu'en tout au moins 30 types avaient dû être tués, dont quelques Hans. »

Les témoignages reçus dans plusieurs pays par des Représentants du CMO permettent de dire que 30 Ouïghours au moins auraient été tués. Et il y aurait eu plus de 300 blessés au cours du lynchage. La Sécurité aurait mis pratiquement deux jours pour nettoyer toutes les traces de sang dans les allées et les dortoirs du cantonnement de l'usine.

Dans des villages du district de Kashgar, nombreuses furent les familles des victimes à recevoir le corps de leurs proches assorti de menaces de la Police si elles parlaient à quiconque de tout çà, sous peine de perdre leur maison, leurs terres et d'aller en prison.

 

Après les émeutes d'Urumqi

 

Le 6 juillet 2009, une foule de plusieurs milliers de Chinois Hans, armés de hachoirs, de machettes, de haches, de massues et de manches de pelles, s'est ruée dans les rues d'Urumqi pour tabasser et tuer tous les Ouïghours qu'ils pouvaient trouver. Ils ont mis à sac des magasins, des restaurants appartenant à des Ouïghours et ils ont détruit deux Mosquées.

Un Chinois Han, qui se fait appeler 'TD', déclarait: « Je viens de passer un coup de fil au Xinjiang. La situation là-bas prend une terrible ampleur. Les Chinois Hans émigrés ont commencé à passer à l'acte: ils tabassent et règlent leur compte à tous les Ouïghours qu'ils peuvent trouver. Les mises à sac des magasins et restaurants ouïghours dépassent de très loin le nombre de commerces chinois saccagés le 6 juillet. Le nombre réel de Ouïghours tués ou blessés est sans commune mesure par rapport aux chiffres officiels. Dans les rues on ne voit plus que des Chinois Hans, dont beaucoup portent des longs couteaux. C'est inimaginable, on a vu des Hans tuer des Ouïghours et les suspendre aux arbres. Sur des ponts qu'ils occupent, des Hans auraient projeté des Ouïghours par dessus les parapets. Il y aurait un grand nombre de cadavres partout. Des bennes à ordures auraient commencé à les ramasser. Des Policiers non loin de là ont dit qu'ils n'avaient rien vu de spécial. Mais on a pu entendre certains d'entre eux encourager les Chinois Hans en leur disant de frapper aux points vitaux. »

Plusieurs Ouïghours témoignent du fait que dans ces bandes de Chinois Hans ils semblaient y avoir des militaires en civil: certains de ceux aperçus en train de frapper des Ouïghours à mort procédaient de manière ''professionnelle''.

Le 6 juillet, contrairement à son attitude face aux manifestants Ouïghours pacifiques et désarmés, la Police ne s'est absolument pas opposée aux hordes de Chinois Hans en armes. Paradoxalement, aucun Han n'aurait été arrêté alors qu'ils sont pourtant coupables d'avoir blessé et tué de nombreux Ouïghours et détruit des commerces. D'après nos sources, seuls des Ouïghours auraient été arrêtés.

Li Zhi – le chef du Parti communiste à Urumqi – a déclaré que tous ceux qui ont commis des « actes cruels » au cours des émeutes auront droit à la peine de mort. Il faisait implicitement allusion aux milliers de Ouïghours actuellement en détention, car aucun des Chinois Hans coupables de lynchage à mort et de destruction de biens n'a fait l'objet d'arrestation.

D'après des témoignages venant du Turkestan oriental et parvenus à des Représentants du CMO, en secret les Autorités chinoises ont déjà exécuté plusieurs Ouïghours. De nombreux corps auraient été ensevelis ensuite de nuit dans des zones désertes dans des fosses de 2m de profondeur. Si des Ouïghours avaient assassiné des dizaines de Hans ils n'auraient jamais pu - contrairement aux Chinois – se débarasser aisément des cadavres, la Police quadrillant tout le pays.

Ceci rejoint l'hypothèse, formulée par plusieurs personnes, expliquant comment dans le passé des Ouïghours auraient ''disparu'' de manière assez similaire à leur retour du Népal et du Pakistan.

Les medias disent, sans préciser leur nombre, que des Chinois Hans, résidant à Urumqi, seraient à la recherche de proches disparus. Cela s'expliquerait par le fait que parmi les 1000 victimes de la nuit du 5 juillet il y a sûrement quelques Hans. Il est vraisemblable qu'ils aient été enterrés par les Autorités chinoises parmi toutes les autres victimes.

 

Qui est l'instigateur derrière ces émeutes?


Dans son article du 10 juillet ''Qui est l'instigateur derrière les émeutes d'Urumqi ?'', Wei Jingsheng, militant chinois pro-Démocratie, dit: « Pendant toute la première partie de la Pièce, l'Instigateur est resté en coulisse pour ne pas se dévoiler. Mais, au dernier Acte crucial, le Pouvoir chinois a dû se manifester pour coordonner l'action vers l'objectif fixé. Ainsi, que ce soit à Urumqi ou a ShaoGuan (Canton -NDT), alors que les émeutes s'enclenchaient et portaient leurs premiers fruits mortels, à la fois le Gouvernement et la Police se sont – contrairement à leur habitude(4) - abstenus d'entrer en scène. A Urumqi cette absence s'est poursuivie pendant 4 à 5 heures d'affilée...

De fait, les Minorités sont devenues le moyen de diversion le plus facile pour les bureaucrates du Parti Communiste Chinois: pour beaucoup çà fait même office de stratégie. Alimenter les haines réciproques des divers groupes ethniques - Hitler l'avait déjà fait – c'est devenu un axe majeur, intimement lié au maintien ou à la disparition du PCC.

Pourquoi choisir pour cible les Ouïghours, plutôt que les Tibétains ou les Mongols ? D'abord, parce qu'au Tibet les Chinois Hans ne sont encore qu'une minorité et qu'ils s'enfuieraient plutôt que de soutenir un affrontement prolongé; en Mongolie Intérieure, il n'y a déjà plus beaucoup de Mongols (comparativement au nombre d'immigrants Hans -NDT). Il n'y a qu'au Xinjiang où les rapports de force sont comparables entre Ouïghours et Hans: c'est donc une cible de choix. »

Wei Jingsheng – lui-même victime du Régime chinois – estime que les deux incidents (à Canton et à Urumqi -NDT) résultent directement de l'attitude du Gouvernement chinois, par ses encouragements préalables et ensuite par sa totale inertie face aux hordes de Chinois Hans dans leur lynchage des Ouïghours.

Sur Boxun.com, un article du 12 juillet, et plusieurs commentaires laissés par des Chinois Hans, émet l'hypothèse selon laquelle les deux incidents impliquant des Ouïghours – ceux de Canton et d'Urumqi – traduiraient des luttes de pouvoir entre le clan du Président actuel, Hu Jintao, et celui de Jiang Zemin, l'ancien Président. Wang Lequan, proche de Jiang Zemin, est l'actuel Secrétaire Général du PCC au Turkestan Oriental: il serait la cheville ouvrière du complot fomenté par Jiang Zemin.

L'attitude du Gouvernement chinois face à ces crises sociales prouve au monde entier qu'il ne respecte ni les Standards internationaux en matière de droit, ni la Constitution chinoise. L'autre exemple révélateur est le massacre de la Place Tiananmen le 4 juin 1989: le Gouvernement chinois a déclaré que les victimes étaient au nombre de trois, et qu'il s'agirait de 3 militaires... Alors que la Croix Rouge estime qu'il aurait eu environ 2500 morts et entre 7000 à 10000 blessés.

                                                        --oOo--

Nous, le Congrès Mondial Ouïghour, réclamons l'intervention urgente au Turkestan Oriental (XUAR), de la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU. Nous lançons un appel au Haut Commissaire des Droits de l'Homme à Genève pour l'envoi d'observateurs indépendants au Turkestan Oriental, en amenant les Autorités chinoises à accepter qu'une enquête indépendante fasse la lumière sur ces événements et statue sur le bilan exact des victimes et des personnes détenues. 

Les tensions restent vives au Turkestan Oriental. La Chine a choisi de répondre aux manifestations pacifiques des Ouïghours par une répression militaire, occasionnant la mort d'environ 1000 civils Ouïghours et l'arrestation d'environ 5000 personnes.

Cette attitude ne fait qu'accroître les peurs et l'oppression ressenties par les Ouïghours. Ceux en détention sont soumis de manière quasi systématique à la torture et à divers autres mauvais traitements. Considérant cette escalade inquiétante et compte tenu des 60 années de passif du Pouvoir chinois en matière de violations des droits humains au Turkestan Oriental, nous demandons que le Secrétariat Général de l'ONU intervienne auprès des Autorités chinoises pour qu'elles mettent fin à la violente répression des Ouïghours."

------------------------------------------------

Notes du traducteur:

  1. Congrès Mondial Ouïgour (CMO) : en anglais, ''World Uyghur Congress (WUC)''

  2. Urumqi est la Capitale du Turkestan oriental, dénommé ''Xinjiang, Région Autonome Ouïghoure'' par la République Populaire de Chine (en anglais: ''Xinjiang Uyghur Autonomous Region (XUAR)'')

  3. Voir  journal LePoint.fr du 17/7/2009 N°1922 « Ce qui s'est vraiment passé au Xinjiang - Jeux troubles. Les affrontements entre Ouïgours et Han ne sont pas le fruit du hasard. » de Caroline Puel, envoyée spécial au Xinjiang.

  4. Le même phénomène est dénoncé par le Premier Ministre du Gouvernement tibétain en exil: voir le Communiqué officiel du 18/3/2008 sur Tibet.net  <<"Le 14 mars (2008) d'inhabituels troubles furent permis à Lhassa pendant plusieurs heures avant que les autorités ne prennent de mesures répressives. (...)

Site d'information:

- Uyghur Human rights Project: www.uhrp.org Créé par la ''Uyghur American Association'' en 2004. Mission: faire état des violations des droits de l'homme au Turkestan Oriental et promouvoir la Démocratie pour les Ouïghours.

Bureau National du CCT 1425, boul. René-Lévesque Ouest, 3e étage, Montréal (Québec) H3G 1T7 Canada
T: (514) 487-0665   ctcoffice@tibet.ca
Développé par plank