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Menace climatique sur la ligne ferroviaire Lhassa-Golmud

3 août 2009

Le Monde, Brice Pédroletti  1er Aôut 2009

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/08/01/menace-climatique-sur-la-ligne-ferroviaire-lhassa-golmud_1224878_3244.html

Trois ans après son inauguration en juillet 2006, le chemin de fer qui relie le Tibet au Qinghai, puis au reste du réseau ferroviaire chinois, a transporté 8,3 millions de passagers, 62,2 millions de tonnes de marchandises, et atteint la vitesse record de 100 km/heure en zone de pergélisol, clamait récemment la presse officielle chinoise. Pourtant, l'impact du réchauffement climatique et de l'activité humaine sur la stabilité des sols gelés qui supportent l'ouvrage sur les hauts plateaux - l'un des grands défis techniques de sa construction - pourrait avoir été sous-évalué.

C'est la thèse avancée par le journaliste Abrahm Lustgarten, également auteur d'un livre sur le train le plus haut du monde, dans un article consacré au sujet par la revue Scientific American. Près de 550 km de voies ferrées traversent des sols gelés, dont un cinquième sur des ponts surélevés, de façon à réduire les risques dans les zones les plus instables, qui peuvent former en saison chaude des marécages de faible profondeur.
L'utilisation de techniques de stabilisation thermique, comme le recours à des thermosiphons pour refroidir certaines zones clés sous la structure, permet en théorie de parer à un réchauffement des sols de 0,2 °C et de l'air de 2 °C pour les cinquante années à venir. Or, note Scientific American, "ces estimations, décidées en 2003, étaient les moins conservatrices". Selon des données de 2007 du programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) citées par le magazine, les zones de pergélisol des plateaux tibétains se sont réchauffées de 0,3 °C ces trente dernières années, et de 0,6 °C là où l'activité humaine a dérangé les sols. Et tout porte à croire que le rythme va s'accélérant : 36 % du pergélisol des plateaux du Qinghai-Tibet auraient disparu entre 1975 et 1995, selon une autre étude du PNUE.
La région Qinghai-Tibet, qui joue avec ses glaciers le rôle d'une sorte de "troisième pôle" pour notre planète, est particulièrement vulnérable au réchauffement climatique, car les hautes altitudes produisent "un effet de loupe", expliquait, en mai, le chef de l'administration météorologique chinoise, Zheng Guoguang, lors d'une conférence sur les changements climatiques à Lhassa. Le Tibet se réchaufferait de 0,32 °C en moyenne tous les dix ans, contre un taux de 0,2 °C pour l'ensemble du monde. "Dans le pire des scénarios, un tel réchauffement pourrait faire fondre le pergélisol et menacer le chemin de fer", a prévenu M. Zheng.
En 2006, Wu Ziwang, un expert du laboratoire d'ingénierie des sols gelés de l'Académie des sciences chinoises à Lanzhou, dans le Gansu, s'était déjà inquiété du rythme de dégel du pergélisol "qui pourrait, dans dix ans, poser des problèmes de sécurité pour le chemin de fer Qinghai-Tibet, dont les travaux viennent d'être achevés", avait-il déclaré à l'agence Chine nouvelle. Selon M. Lustgarten, Wu Ziwang aurait été critiqué pour son franc-parler.
En mars, l'agence Chine nouvelle citait Yao Tandong, un chercheur de l'institut de recherches sur le plateau Qinghai-Tibet de l'Académie des sciences, qui se voulait plus rassurant sur la capacité de la structure actuelle à supporter un réchauffement des sols d'ici à 2050. Quelque seize stations automatiques d'observation de la stabilité du pergélisol doivent aussi être installées à partir de septembre, a rapporté Chine nouvelle.
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