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« Je reste attaché au dialogue. Je suis en effet fermement convaincu que le dialogue et la volonté d’examiner clairement et honnêtement la réalité du Tibet peuvent nous conduire à une solution viable. »

" LE TIBET, LE DALAI-LAMA ET LES FOUDRES DE PEKIN "

15 août 2009

Claude B Lévenson 8 Août 2009

http://www.claudelevenson.net/?page=articles&tp=Articles

Claude B Lévenson

http://www.amtibet.com/

Si d’aventure quiconque en doutait, les actuels locataires de la Cité interdite n’ont guère l’intention de changer quoi que ce soit à leur politique envers les ‘minorités’, et surtout pas à l’égard des Tibétains pas plus d’ailleurs qu’envers les Ouïghours. Pour les Mongols et les Mandchous, c’est déjà vraisemblablement un peu tard, et toujours dans une même indifférence internationale qui donne à réfléchir. Le récent voyage européen du Dalaï-lama – Pologne, Allemagne et Suisse – est révélateur à ce propos, non pas qu’il ait été très différent des précédents, même si certains aspects en disent plus long qu’il n’y paraît de prime abord, mais parce que du côté de Pékin, le ton est encore monté jusqu’à devenir comminatoire.

Bien sûr, les fidèles étaient au rendez-vous, les enseignements et conférences ont été suivis avec une attention soutenue, les échanges avec le public empreints à la fois de bonne humeur et de bon sens, les Tibétains accourus des alentours pour s’incliner devant leur chef spirituel et temporel. Ce qui a pu peut-être attirer l’attention d’un œil un tant soit peu scrutateur, c’est parfois la frivolité de plusieurs articles de presse, une connaissance approximative du sujet abordé et la tonalité souvent agressive de certains intervenants. L’étonnement aussi de percevoir assez nettement dans quelques propos l’écho marqué de la propagande officielle chinoise. Certes, nul n’ignore l’offensive, de propagande justement, lancée récemment à grand fracas par les responsables dudit Bureau tous azimuts et en de multiples langues – rien de surprenant là, après tout c’est leur boulot. Mais qu’aujourd’hui encore –à nouveau ? – d’aucuns, journalistes ou autres, se laissent si aisément piéger, voilà qui ne manque pas de surprendre.

Il est de notoriété publique (pour reprendre une expression qu’affectionne particulièrement la propagande chinoise) depuis belle lurette que les dirigeants chinois n’aiment pas que le Dalaï-lama se déplace peu ou prou à sa guise, et à chacun de ses voyages où que ce soit, lorsque Pékin ne réussit pas à bloquer visas ou invitations toujours jugés malintentionnés, la machine se met en marche comme s’il suffisait d’appuyer sur un bouton pour entendre la même rengaine. Cette fois cependant, le tir de barrage a été plus violent que de coutume, avertissant péremptoirement, par exemple le 3 août à la suite de l’escale à Varsovie (chinatibet.people.com.cn) que « les activités d’instigation au séparatisme en Chine doivent cesser ». Vous m’en direz tant sur le sacro-saint principe de non-ingérence dans les affaires d’autrui, dont Pékin ne cesse de se gargariser à la moindre occasion.

Le lendemain, le Quotidien du peuple en ligne (version française originale) récidivait encore plus explicitement. Sous le titre « La Suisse officielle ignore le Dalaï-lama », Zhao Guojun, « spécialiste des problèmes internationaux » expliquait : « Autrefois, la Suisse n’a pratiquement aucune influence sur la stratégie politique internationale, c’est pourquoi elle osait provoquer la Chine en recevant officiellement le Dalaï-lama. Cette fois-ci la Suisse officielle décide de l’ignorer et la raison c’est qu’elle constate que la Chine occupe une place de plus en plus importante dans l’environnement mondial actuel et qu’elle doit prendre en considération sa coopération avec celle-ci, ce afin de pouvoir préserver ses intérêts d’Etat et surtout protéger ses intérêts économiques et commerciaux (…) D’autre part, la violente protestation diplomatique du gouvernement chinois (après les incidents d’Ouroumchi) a produit un certain effet sur les autres pays. » Illustration involontaire du vieil adage chinois « effaroucher les poules pour faire peur aux singes » ? Allez savoir…

Il n’empêche, le ton est encore monté pour stigmatiser la rencontre à Genève, sous l’égide d’une respectable ONG, le Mouvement international pour la réconciliation, et de l’Association d’amitié Suisse-Tibet, d’intellectuels tibétains et chinois dans le but avoué d’explorer ensemble des ouvertures afin de préserver l’avenir. Certes, le chemin est encore long jusqu’à jeter des ponts, mais l’histoire enseigne qu’il faut bien commencer un jour, quitte à nourrir une infinie patience : quelques cartes en main, ou quelques oreilles réellement attentives, permettent à l’espoir de durer. Et dans le contexte de blocage actuel dû à l’intransigeance des dirigeants chinois, force est de miser sur l’avenir.

D’aucuns font grief au Dalaï-lama de l’échec, qu’il admet lui-même, de sa volonté de dialogue pour parvenir à une solution négociée, viable pour les deux peuples que la géographie a placés dans un voisinage commun. Lui est allé aussi loin qu’il le pouvait dans les concessions, et il est parfaitement conscient de la volonté profonde de son peuple qui aspire au respect de son droit inaliénable à l’autodétermination, à la liberté. Dans ces conditions, plutôt que de lui imputer l’échec de cette tentative non violente de sortir de l’impasse, ne serait-ce pas plutôt grand temps de reconnaître que c’est un signe sans équivoque de la faillite du système de société contemporaine et des règles dont elle s’est dotée dans le sillage de la Seconde guerre mondiale et que chaque dictature bafoue à sa convenance ? A y réfléchir à deux fois, sans attendre un miracle, plus que jamais il s’avère nécessaire de faire pièce au mensonge, de résister sans oublier que ma liberté dépend aussi de celle d’autrui.

C.B.L.

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