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« La paix ne peut prendre racine tant que les droits de la personne sont bafoués. Comment la paix peut-elle régner alors que le simple fait de dire la vérité constitue un crime? »

Lin Xiling " l'indomptable ", mort d'une dissidente chinoise à Paris

22 septembre 2009

Blog "Chinatown" Pierre Haski 22 Septembre 2009

http://www.rue89.com/chinatown/2009/09/22/lin-xiling-lindomptable-mort-dune-dissidente-chinoise-a-paris
 
Une femme « indomptable » vient de mourir à Paris, à l'age de 74 ans. Le nom de Lin Xiling ne dira sans doute rien à la plupart des lecteurs français de ce blog, et, hélas, à l'immense majorité des Chinois. Elle est pourtant, elle aussi, à sa manière, celle d'une combattante puis celle d'une dissidente, une des héroïnes de cette épopée de la révolution chinoise que le parti communiste s'apprête à célébrer en grande pompe dans quelques jours, le premier octobre.
Arrivée en France en 1983, après quinze années passées dans les geoles maoïstes, Lin Xiling n'a jamais cessé d'être une rebelle à l'ordre communiste chinois. Fervente chrétienne et démocrate passionnée, elle avait deux bonnes raisons de déplaire, plus une : une incapacité à baisser la tête ou à courber l'échine qui, sous Mao Zedong et même parfois encore aujourd'hui, n'est pas toléré et vous fait passer pour « fou ».
Marie Holzman, sa biographe (« Lin Xiling l'indomptable », Bayard 1998) et amie française qui l'avait encore eue au téléphone la veille de sa mort, commence son livre par ces phrases :

« Lin Xiling semble être venue sur terre pour contester. Infatigable, indomptable, elle traverse les pays et les ans intacte : rebelle de nature, incapable de se taire, détestant le mensonge, elle ne renie pas facilement ses convictions ! Il lui manque ce trait de caractère que les Chinois sont censés posséder au plus haut degré et qui rend la vie sociale relaivement paisible : l'art de faire des concessions, de reculer pour mieux sauter, en un mot, la diplomatie ».
Dans les années 50, après avoir pris part à la victoire communiste, Lin Xiling, de son vrai nom Cheng Haiguo, fut l'une des toutes premières dissidentes de l'ère maoïste, s'opposant à la toute-puissance du Grand Timonier. C'était l'époque des "Cents Fleur", le mouvement lancé par Mao pour inciter les intellectuels à le critiquer, pour mieux les réprimer par la suite.
Emprisonnée de 1958 à 1969, elle fut ensuite envoyée dans un camp de travail qu'elle ne quitta qu'en 1973. Depuis elle n'a jamais été réhabilitée et lavée de l'étiquette infâmante de « droitière », jusqu'à son départ pour la France et même après.
Elle en a conçu une force de caractère une dureté et une intransigence qui, avec l'age, ont pris la forme d'une paranoïa acentuée par l'exil et l'éloignement, par son effacement cruel de la mémoire collective chinoise comme sait si bien le faire le régime de Pékin.
Mais elle n'a jamais baissé les bras. En juin dernier, elle faisait partie de ce groupe de Chinois de la dissidence qu'a rencontrés à Paris le Dalai Lama . Devant tout le monde, elle lui a lancé :
« autrefois, c'était le gouvernement chinois qui nous demandait de nous excuser pour nous réhabiliter. Aujourd'hui, c'est nous qui lui demandons de s'excuser pour le réhabiliter »…
En conclusion de sa biographie, écrite en collaboration avec Lin Xiling, Marie Holzman écrit :
« Comment faut-il interpréter cet incroyable destin ? Fallait-il avoir un petit grain de folie pour oser dire la vérité, pour oser résister sans fléchir à la torture et aux menaces ? Que se serait-il passé si tous les Chinois de Chine avaient eu, comme Lin Xling, le courage de dire non à une idéologie meurtrière ? »
Mais, de fait, il n'y eut pas beaucoup de Lin Xiling, et il fut aisé pour les autorités de les écarter comme déséquilibrés ou éléments asociaux. Des gens « indomptables », il n'y en a pas beaucoup. Seul le temps réussit à les « dompter ».
 
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