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Les sans-papiers chinois ont rejoint le mouvement

3 décembre 2009

Elise Barthet pour  Le Monde 20 Novembre 2009

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/11/20/les-sans-papiers-chinois-ont-rejoint-le-mouvement_1269678_3224.html

Il y a un mois, ils étaient une quarantaine. Aujourd'hui, ils sont plus de trois cents à avoir quitté leurs restaurants et leurs ateliers de confection pour rejoindre le mouvement de grève des travailleurs sans papiers. Contrairement à l'année passée, ils sont venus en nombre aux côtés des Africains. Installés dans les locaux de la Fafih (Fonds d'assurance formation de l'industrie hôtelière), ils se battent pour être régularisés.
 
A leur tête, une jeune femme frêle au sourire déterminé : Yang Feng Qun. A 35 ans, cette ancienne professeure de chinois originaire du Guangdong, dans le sud du pays, est un peu "la reine de la Fafih". C'est du moins l'avis des travailleurs maliens qui s'écartent sur son passage avec une affection mêlée de respect. Pourtant, avec ses boucles d'oreilles, ses ongles soignés et son foulard en lin joliment noué autour du cou, Feng n'a rien d'une pasionaria.
Paradoxalement, c'est son patron qui l'a mis en contact avec la CGT. Le même patron qui l'a déclarée et a engagé des démarches auprès de la préfectures pour qu'elle soit régularisée. Mais les autorités lui ont refusé le titre de séjour et, harcelée par la police, Feng a fini par démissionner. Depuis quatre mois, elle vit de ses économies dans une petite chambre du nord de la capitale. Faute de temps, elle n'a pas pu apprendre le français. Elle le parle pour dire l'essentiel : elle travaille, elle paie des impôts, elle veut des papiers.
D'après une étude menée par Véronique Poisson et Gao Yun pour le BIT (Bureau international du travail) en 2005, les Chinois représentent 12 % à 24 % de l'immigration clandestine en France. Ils seraient environ 50 000 à vivre dans l'illégalité, sachant que, chaque année, près de 6 000 nouveaux clandestins font leur entrée sur le territoire.
LES FEMMES MÈNENT LA LUTTE
"Les gens pensent que les Chinois préfèrent se cacher, qu'ils ont peur. C'est vrai que c'est dur, mais aujourd'hui ils veulent se battre", explique  Lin, une jeune femme franco-chinoise. Proche de Feng, elle est très impressionnée par le courage et la capacité de mobilisation de son amie. "Sans elle, personne ne serait ici. Elle a été la première à rejoindre la grève, la première à envoyer des messages sur des sites Internet en chinois." Il y a encore un mois, c'était une inconnue. Aujourd'hui, ils sont trois cents à ne jurer que par elle.
Comment s'y est-elle pris pour convaincre ses compatriotes de sortir de leur silence ? "En leur disant la vérité, explique Lin. La police française n'est pas comme la police chinoise. On n'est pas battu, on ne risque rien. Au pire, on va en prison. Mais nous avons le droit de vivre comme tout le monde."
Sun Jian Zhong, 31 ans, est l'un des rares hommes à avoir rejoint Feng. "Ici, ce sont les femmes qui mènent la lutte pendant que les maris  travaillent et s'occupent des enfants", raconte Eric Wichegrod, délégué CGT. Jian, lui, travaille depuis 6 ans dans un atelier de confection du 19e arrondissement. En Chine, il était ouvrier dans la région de Wenzhou, au sud de Shanghaï. A Paris, il vit seul et assiste Feng à la tête du mouvement.
"Nos dialectes ne sont pas les mêmes. Il y a des gens de plusieurs provinces de Chine. C'est presque plus difficile de nous comprendre que de parler français", explique Jian. Pour faciliter les communications, Yang Feng Qun a près d'elle une personne de chaque province qui la seconde et transmet les messages. Chaque tracte est traduit, chaque réunion résumée. "Ils sont remarquablement organisés", observe Eric Wichegrod. Si jusqu'ici leur situation était tellement précaire qu'ils remplissaient rarement les critères exigés pour la régularisation, l'obtention d'une circulaire améliorée pourraient changer la donne. "C'est pour ça qu'ils sont prêts à tenir. Ils ne peuvent plus passer leur vie à se cacher", assure Lin.
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