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« Si nous voulons contribuer à l’avènement d’un avenir plus heureux, plus stable et plus civilisé, chacun de nous doit cultiver un sentiment sincère et chaleureux de fraternité. »

CHINE Le réveil d'une conscience

19 décembre 2009

Le Courrier International 9 Décembre 2009

http://www.courrierinternational.com/article/2009/12/09/le-reveil-d-une-conscience

Ai Weiwei, opéré avec succès d’une hémorragie cérébrale après avoir été passé à tabac par des policiers du Sichuan, est désormais harcelé pour son enquête sur les enfants victimes du tremblement de terre. Dans ce texte qui évoque le condamné à mort Yang Jia, il explique son combat contre l'iniquité étatique.
Au cours de son procès en appel, Yang Jia [condamné à mort pour le meurtre de six policiers à Shanghai et exécuté en novembre 2008] s'est contenté de demander à ses juges: "M'ont-ils frappé, oui ou non ?" [Yang Jia avait subi une interpellation musclée dont il n’avait jamais pu obtenir réparation.] Une question à laquelle les juges, les policiers, les inspecteurs, les membres du tribunal suprême et les responsables de la municipalité de Shanghai ont été incapables de répondre en sa présence. Yang Jia a quitté les lieux, le cœur empli d'une immense souffrance à l'égard de cette violence inique.
"C'est à cause de vous que les policiers ont osé agir ainsi !" a lancé Yang Jia aux juges, avant d'ajouter, avec une étonnante lucidité, "et qu'un citoyen respectueux des lois durant plus de vingt ans en a été réduit à occuper aujourd'hui cette place d'accusé !" Le cas de Yang Jia constitue une humiliation ineffaçable, un sujet de désespoir qui ne passera jamais. Par son sens de la justice, sa conscience et sa détermination, ce citoyen ordinaire nous a alerté sur notre condition présente. Yang Jia a rendu son propre jugement sur une époque dépourvue de morale et qui confond le vrai et le faux.

J’ai changé ma manière d'appréhender les choses avec l'affaire Yang Jia. Grâce à lui, toute dérobade m'est devenue impossible. Son sort m'a fait comprendre que, à notre époque, le malheur des uns est lié au renoncement et au refus des autres. J'ai pris conscience que le régime politique actuel était bâti sur des mensonges et sur un anéantissement sans fin. Lorsqu'un homme n’a pas la moindre considération pour la douleur et le désespoir d’autrui, cet homme sera lui-même oublié. C'est la cause de la disparition de la morale et de l’éthique, et c’est l’explication des périls successifs que nous affrontons. Dès lors qu'une population accepte que l’Etat procède à l'enlèvement d'une mère innocente [la mère de Yang Jia a été détenue pendant plusieurs mois] après avoir proféré contre elle des accusations calomnieuses pour effacer son nom de nos mémoires, tout comme il a cherché à effacer celui de plus de 5 000 étudiants et celui de centaines de milliers d'enfants [les victimes du tremblement de terre du Sichuan, en 2008], il est juste et compréhensible que ce peuple et cette nation soient maudits !

Yang Jia n'est pas la première ni la dernière victime de la violence de l'Etat. Sa mère, Wang Jingmei, n'est pas non plus la première à avoir été internée de force dans un asile psychiatrique. Néanmoins, c’est l'affaire Yang Jia qui a clairement démontré le caractère désespérant, abominable, inique et sans vergogne de cet Etat.

Ai Weiwei, opéré avec succès d’une hémorragie cérébrale après avoir été passé à tabac par des policiers du Sichuan, est désormais harcelé pour son enquête sur les enfants victimes du tremblement de terre. Dans ce texte qui évoque le condamné à mort Yang Jia, il explique son combat contre l'iniquité étatique.

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