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« Nous, les Tibétains, aspirons à une autonomie légitime et véritable, un arrangement qui permettrait aux Tibétains de vivre au sein de la République populaire de Chine. »

Pierre Haski (Journaliste) : " Monsieur Fillon *, connaissez-vous le dissident chinois Liu Xiaobo ? "

24 décembre 2009

Par Perre Haski Rue89 23 Décembre 2009

http://www.rue89.com/chinatown/2009/12/22/m-fillon-connaissez-vous-le-dissident-chinois-liu-xiaobo-130930

* Le Premier Ministre Français  François Fillon éffectue actuellement un visite en Chine .

" Si j'avais été à Pékin avec François Fillon, je lui aurais posé une question dont, hélas, je connais par avance la réponse : « Avez-vous dit à vos interlocuteurs chinois ce que pense la France du procès du dissident chinois Liu Xiabo qui s'ouvre mercredi, au lendemain de votre visite ? » La réponse, prévisible, est évidemment négative.
Liu Xiaobo, c'est le « Havel chinois », un intellectuel de 54 ans, qui a déjà fait de la prison pour sa participation au « Printemps de Pékin » en 1989, et qui, sachant ce qu'il risquait, a rédigé il y a un an la « Charte 08 », un texte directement inspiré de l'exemple des dissidents tchèques de la Charte 77 à l'époque communiste, réclamant la liberté d'expression et d'association, en un mot : une Chine démocratique.
Plusieurs milliers de personnes ont signé ce manifeste depuis, mais Liu Xiaobo a été arrêté, détenu sans procès pendant un an, avant d'être finalement inculpé de « subversion ». Il risque jusqu'à 15 ans de prison, pour un authentique délit d'opinion et avoir exprimé des idées simples coïncidant avec le 50e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
En d'autres temps, on imagine le tollé, et Liu Xiaobo, qui est aussi président du Pen Club chinois, aurait été érigé en symbole de liberté comme l'ont été Andreï Sakharov en Union soviétique et dont François Mitterrand avait « osé » prononcer le nom au Kremlin en 1984, ou comme l'a été Vaclav Havel, dissident persécuté avant de devenir président de la République.
Liu Xiaobo, lui, est victime d'un rapport de force qui fait de la Chine d'aujourd'hui la puissance émergente, et pas seulement économiquement comme on a pu le voir lors du sommet sur le climat à Copenhague, et à laquelle on ne déplait qu'à ses dépens.
Lorsque l'Union européenne et les Etats-Unis ont fait, chose rare, une démarche commune récemment en faveur du dissident, ils se sont fait vertement remettre en place par le porte parole du ministère des Affaires étrangères à Pékin, sur le mode « mêlez-vous de ce qui vous regarde ».

Le silence de François Fillon

François Fillon s'est donc tu, et, pour être honnête, ce n'est pas une surprise. Le Premier ministre était envoyé en Chine en compagnie d'une délégation de ministres et d'hommes d'affaires, afin de renouer le fil du dialogue avec Pékin après une parenthèse de dix-huit mois due aux frictions diplomatiques sur le Tibet. La Chine avait puni la France pour les atermoiements de Nicolas Sarkozy et sa rencontre avec le dalaï lama, et l'avait privée de contrats. Surmonter cette crise n'a pas été aisé.
Si le Premier ministre avait dit ce qu'on espère que la France pense réellement de ce procès inique, il aurait ruiné le but de sa visite, et privé l'économie française qui en a bien besoin, de précieux contrats pour l'industrie nucléaire, pour l'aéronautique et quelques autres. Dans le contexte économique actuel, le compte est vite fait entre le sort d'un dissident et des emplois en France.
Barack Obama avait fait le même calcul lors de sa visite en novembre à un pays qui est le principal bailleur de fonds des Etats-Unis, et qui devient progressivement le partenaire, l'interlocuteur, parfois le rival, de Washington sur les grands dossiers planétaires.
Alors que pèse Liu Xiaobo ? En Chine même, son influence ne dépasse pas celle des milieux intellectuels urbains, dans un pays lancé dans une course éperdue à l'enrichissement et l'amélioration de son niveau de vie. La demande démocratique n'est pas une grande cause populaire, c'est incontestable.
C'est pourtant son honneur de la porter, et d'en assumer tous les risques. Surtout en sachant par avance, car Liu Xiaobo était parfaitement informé et lucide de sa situation, qu'il se retrouverait seul face à un pouvoir qui ne lâche rien sur le terrain démocratique.
François Fillon restera malgré lui le symbole de cette impuissance internationale à voir embastiller un homme dont le seul tort est d'avoir défendu des valeurs universelles aujourd'hui en berne, face à un capitalisme autoritaire triomphant.
Pierre HASKI
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