Abonnez-vous à notre liste d'envoi

« Si nous voulons contribuer à l’avènement d’un avenir plus heureux, plus stable et plus civilisé, chacun de nous doit cultiver un sentiment sincère et chaleureux de fraternité. »

Nobel: des dissidents chinois sont ciblés

15 novembre 2010

Gillian Wong, The Associated Press Metro - Montréal 11 novembre 2010 
PÉKIN, Chine - L'écrivain dissident Yu Jie et sa femme sont prisonniers de leur appartement. Des agents de sécurité en poste à l'extérieur leur interdisent de sortir, et le couple doit se faire livrer des aliments depuis un mois pour survivre. Il dévore aussi des livres pour combattre l'ennui.

La famille Yu et des dizaines d'autres militants font l'objet de la plus importante campagne de surveillance, d'assignation à domicile et de harcèlement lancée par la police chinoise contre les dissidents du pays depuis plusieurs années. La répression a été ordonnée par un gouvernement chinois furieux d'avoir vu le prix Nobel de la paix être décerné au dissident Liu Xiaobo.

«Nous ne pouvons même pas mettre le pied hors de l'appartement, a dit M. Yu par courriel. Aujourd'hui nous avons commandé des aliments au marché de légumes, et les gardes sont venus jusqu'à notre porte pour tout vérifier. Et personne ne peut venir nous visiter. Un voisin qui voulait partager un peu de gâteau d'anniversaire en a été empêché.»

M. Yu et sa femme sont consignés à leur appartement depuis le 18 octobre.

D'autres dissidents sont aussi dans la ligne de mire des autorités. La militante Liu Shasha a été arrêtée à son domicile, avant l'aube le 15 octobre, et emmenée à son village natal, à près de 1000 kilomètres de là. Le constitutionnaliste Zhang Zuhua, lui aussi assigné à domicile, ne peut sortir qu'en compagnie de gardes. Et l'avocat spécialisé en droits de la personne Pu Zhiqiang affirme être suivi par des policiers en civil.

De plus, un groupe fondé par le dissident emprisonné Hu Jia pour venir en aide aux orphelins et aux victimes du sida a annoncé jeudi qu'il fermait ses portes, en raison de pressions de la part des autorités. D'autres groupes d'aide ont récemment subi le même sort, le gouvernement s'inquiétant apparemment de voir leur activité prendre une tournure politique.

L'ampleur de l'activité policière témoigne de la nervosité de dirigeants qui craignent de voir l'attribution du prix Nobel de la paix à M. Liu engendrer des demandes de réformes politiques.

Depuis que l'octroi du prix a été annoncé le 8 octobre, les médias gouvernementaux y vont d'attaques en règle contre le comité Nobel et M. Liu, qui purge une peine de 11 ans de prison pour «subversion». Le ministère chinois des Affaires étrangères fait aussi pression sur les diplomates européens et asiatiques pour qu'ils boycottent la cérémonie Nobel du 10 décembre, à Oslo.

Les mesures prises par les forces de l'ordre défient parfois toute logique. M. Yu croit ainsi que sa femme et lui ont été ciblés parce que sa femme a aidé Mme Yu à acheter des sous-vêtements chauds pour son mari emprisonné. Pourtant, dit M. Yu, les policiers n'ont pas jugé bon de confisquer un recueil des discours de M. Liu qu'il s'était procuré en ligne.

La campagne lancée contre les dissidents — dont plusieurs comptent parmi les milliers de signataires d'un document co-rédigé par M. Liu — semble conçue pour freiner leurs ardeurs dans la foulée de l'attribution du prix et pour assurer qu'ils ne pourront se rendre en Norvège.

«L'ampleur et l'intensité de la surveillance et des restrictions atteint un niveau sans précédent, a dit le chercheur Nicholas Bequelin, de l'organisme Human Rights Watch. C'est une surveillance de tous les instants, de tous ceux qui sont perçus comme des détracteurs du gouvernement.»

L'avocat Teng Biao, dont le passeport a été confisqué et qui fait l'objet de nombreuses restrictions, confirme que l'encadrement des militants est encore plus serré que pendant les semaines et les mois qui ont précédé les Jeux olympiques de Pékin en 2008.

Les mesures semblent avoir un certain succès. Un avocat spécialisé des droits de la personne, Gao Zhisheng, par exemple, a été arrêté à plusieurs reprises et n'a pas été vu depuis le mois d'avril, après avoir annoncé qu'il renonçait à critiquer le gouvernement.

«[Les autorités] font taire les militants sans attirer l'attention ou générer l'opprobe qui accompagne les arrestations et les incarcérations, a dit M. Bequelin. Depuis deux ou trois ans, nous constatons vraiment une augmentation des mesures illégales prises contre les dissidents.»
Bureau National du CCT 1425, boul. René-Lévesque Ouest, 3e étage, Montréal (Québec) H3G 1T7 Canada
T: (514) 487-0665   ctcoffice@tibet.ca
Développé par plank