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« La paix ne peut prendre racine tant que les droits de la personne sont bafoués. Comment la paix peut-elle régner alors que le simple fait de dire la vérité constitue un crime? »

L'ONG du militant chinois emprisonné Hu Jia forcée de mettre la clé sous la porte

18 novembre 2010

Brice Pédroletti - Le Monde 15 Novembre 2010

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2010/11/15/l-ong-du-militant-chinois-emprisonne-hu-jia-forcee-de-mettre-la-cle-sous-la-porte_1440080_3216.html

La société civile chinoise est dans la tourmente. Les autorités, qui ont la hantise d'une
révolution "de couleur" en Chine – à l'image des mouvements qui ont fait tomber
en douceur les régimes d'Europe de l'Est vers la démocratie au début des années
1990 – prennent pour cible les responsables d'ONG de défense des droits de
l'homme.

C'est le cas de Loving Source ("Ai Yuan" en chinois), l'association créée en
2004 par le militant Hu Jia, en prison depuis 2007, et sa femme Zeng Jinyan pour
s'occuper d'orphelins de paysans décédés du sida dans la province du Henan suite
au scandale du sang contaminé. Une centaine d'enfants étaient suivis par des
bénévoles de l'association, qui leur rendent visite, leur envoient des lettres,
des livres scolaires, des vêtements et de l'argent, avec l'aide de Loving
Source.


L'association, qui selon Zeng Jinyan, dispose de tous petits moyens, fait
l'objet d'une enquête par deux administrations fiscales différentes. L'épouse de
Hu Jia a dû annoncer jeudi sa dissolution, dénonçant une stratégie qui a déjà
conduit à la fermeture, l'an dernier, du centre de recherche Gongmeng, la
plateforme des avocats chinois.


"ABERRATIONS LÉGALES"


A l'époque, le fisc chinois avait accusé l'association de n'avoir pas déclaré
des bénéfices suite à des donations de fondations étrangères. Les avocats de
Gongmeng avait qualifié d'"aberrations légales" ces accusations.


La fermeture de Loving Source fait suite à plusieurs revers, dans le milieu
associatif, sur le front de la bataille contre les discriminations associées au
virus du HIV : le premier citoyen chinois séropositif à avoir poursuivi son
employeur, le bureau de l'éducation de la ville de Anqing, qui a refusé
d'entériner son embauche quand son examen médical a révélé qu'il était porteur
du virus, a été débouté vendredi 12 novembre.


Le jugement, en contradiction avec une loi de 2006, interdisant
"à toute
institution ou individu d'agir de façon discriminatoire, contre des personnes
atteintes du virus HIV ou du sida"
, est un grave recul, selon ses
avocats.


SOUS SURVEILLANCE


L'enquête fiscale qui frappe Loving Source est la dernière d'une longue série
de tracas.
"Loving Source fait l'objet de pressions depuis son lancement en
2004"
, explique-t-elle au Monde.
"Nous avons dû plusieurs fois
déménager nos locaux à cause du harcèlement policier. Mais nous n'en parlions
pas publiquement, parce qu'il était essentiel pour nous de faire profil bas si
l'on voulait continuer mener notre travail de soutien, qui concerne plusieurs
centaines de bénévoles, et de familles touchés par le virus du HIV et la maladie
du sida. Mais le harcèlement des autorités n'a fait qu'empirer"
,
dit-elle.


Le "serrage de vis" depuis l'attribution du prix Nobel de la paix se fait
aussi ressentir : les parents de Hu Jia ont été prévenus, dit-elle, qu'ils ne
devaient pas se déplacer dans d'autres villes de Chine sans en aviser la police.
Et des policiers sont venus à la crèche où se trouve la fillette du couple pour
"enquêter".


Zeng Jinyan, qui a plusieurs fois été empêchée de trouver du travail est,
elle, constamment sous surveillance, et n'est autorisée qu'une fois par mois à
rendre visite à son mari.

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