LONDRES (AFP) — Le dalaï lama a dénoncé mardi une Chine "totalitaire" en entamant une visite de onze jours en Grande-Bretagne au cours de laquelle il rencontrera le Premier ministre Gordon Brown, qui a accepté de le recevoir mais ailleurs qu'à Downing Street.
Après l'Allemagne, la Grande-Bretagne est la deuxième étape d'une tournée de cinq pays du chef spirituel des Tibétains, qui fait suite aux protestations sanglantes au Tibet à la mi-mars.
En début d'après-midi le dalaï lama, 72 ans, a été fait docteur honoris causa de la London Metropolitan University au cours d'une cérémonie où il a dénoncé un régime chinois "totalitaire".
"Au Tibet, même si le gouvernement chinois soutient une éducation moderne, comme vous le savez un système totalitaire est partisan, chaque secteur est très politisé et il ne fournit pas une forme complète d'éducation", a observé le leader spirituel.
La visite du prix Nobel de la paix 1989, qui vit en exil depuis 1959 à Dharamsala dans le nord de l'Inde, est marquée par la polémique créée par le soutien ambigu que lui témoigne M. Brown.
Une entrevue est prévue vendredi entre les deux hommes, mais à Lambeth Palace, la résidence officielle à Londres de l'archevêque de Canterbury, chef spirituel de l'Eglise anglicane, et non au 10 Downing Street.
Le Premier ministre a été accusé de déprécier ainsi la rencontre au rang de simple entretien avec un chef spirituel, pour ne pas froisser les autorités chinoises.
La rencontre a été décrite par Downing Street comme une "réunion interreligieuse avec plusieurs autres chefs religieux". L'archevêque de Canterbury, Rowan Williams, doit y prendre part.
Gordon Brown s'est pour sa part rendu à l'ambassade de Chine à Londres mardi pour signer un livre de condoléances pour les victimes du séisme du 12 mai au Sichuan.
La Grande-Bretagne est le premier investisseur européen en Chine et Londres et Pékin ont annoncé en janvier leur objectif de porter à 41 milliards d'euros en 2010 le volume de leurs échanges commerciaux.
Le gouvernement britannique tente de ménager à la fois Pékin et son opinion publique, plutôt réceptive aux propos du dalaï lama.
Les deux prédécesseurs de M. Brown, John Major et Tony Blair, avaient eux reçu le dalaï lama à Downing street, même si M. Blair avait ensuite renoncé à le rencontrer lors de sa dernière visite à Londres en 2004.
L'annonce en mars de cet entretien avec M. Brown avait été qualifiée de "profondément préoccupante" par Pékin. La Chine ne s'est plus exprimée depuis sur le sujet.
Pékin a accusé le dalaï lama et "sa clique" d'avoir fomenté les émeutes de mars au Tibet pour saboter les Jeux Olympiques qui s'ouvriront le 8 août dans la capitale chinoise.
Mercredi, le dalaï lama doit rencontrer plusieurs parlementaires britanniques avant de donner une conférence de presse en fin de matinée.
Le lendemain il témoignera devant une commission parlementaire sur la situation des droits de l'Homme en Chine.
Les représentants de la Western Shugden Society, une branche du bouddhisme tibétain, ont annoncé qu'ils organiseraient des manifestations contre le dalaï lama mercredi devant le parlement et d'autres lieux où il se rendra pour protester contre ce qu'ils présentent comme leur exclusion de la communauté bouddhiste.
Il doit ensuite donner un enseignement religieux à Nottingham (centre-est de l'Angleterre) pendant trois jours, et une série d'allocutions à Oxford (sud-est).
Après la Grande-Bretagne, il se rendra en Australie et aux Etats-Unis, avant un séjour en France, durant les jeux Olympiques de Pékin.