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Récit de Voyage au Tibet en 2007 par Lobsang Palden Tawo (extraits)

November 03, 2008

Les troubles qui ont touché l’ensemble des régions du Tibet ont jeté une ombre sur notre voyage annuel à nos deux villages d’enfants. Au plus tard depuis l’inauguration en 2006 de la ligne ferroviaire Xining-Lhassa, facilitant le transport entre la Chine et le Tibet, tout Tibétain a bien compris ce que les dirigeants de  Pékin ont en tête concernant l’avenir du Tibet: l’invasion du territoire tibétain par des colons chinois afin de résoudre une fois pour toutes la question tibétaine. En effet, depuis l’achèvement des travaux de la ligne il y a environ dix-huit mois, la ville de Lhassa a littéralement été envahie par des travailleurs chinois, des prostituées, des militaires, des commerçants etc. Aujourd’hui, les deux principales villes du Tibet, Lhassa et Shigatse, sont pour ainsi dire devenues des villes chinoises. Par conséquent, la frustration et le mécontentement grandissent chez les Tibétains qui, peu à peu, se sentent repoussés vers les banlieues, les privant ainsi de leur patrie (aujourd’hui, pour pouvoir se débrouiller à Lhassa, il ne suffit plus de parler la langue tibétaine). De plus, la moindre revendication de leur part est réprimée par des sanctions draconiennes. Lors de notre arrivée à Dawu, où se situe notre premier village d’enfants, nous avons tout de suite perçu ce climat extrêmement tendu. A la suite à de nombreux incidents dans la région, les Tibétains vivant en ville étaient davantage engagés politiquement. On nous a fait part, en secret, des troubles qui ont eu lieu à Gartak, au pied de la Montagne sacrée Sa Schara, à peine à trois heures de voiture de notre village d’enfants. Tout a commencé quand les Tibétains ont eu vent des projets gouvernementaux consistant à viser l’exploitation des réserves de minerai dans leur montagne et qu’ils leur ont demandé d’y renoncer en adressant des pétitions aux gouvernements locaux et aux autorités centrales à  Pékin. En guise de réponse, ils ont eu droit au silence, au mépris de leurs croyances religieuses, voire même à des menaces d’intimidation.

Par conséquent, des émeutes ont éclaté, soulevant plusieurs milliers de Tibétains qui voulaient empêcher l’exploitation du minerai. L’intervention de l’armée et l’arrestation de quelques leaders populaires ont conduit à un blocage de la principale artère commerciale de la ville: les manifestants, enroulés dans des couvertures, sont restés allongés jour et nuit sur la chaussée. Même les menaces de mort proférées par les militaires n’ont pas réussi à les déloger. L’axe Chine-Tibet est resté coupé pendant quelques jours, immobilisant ainsi des centaines de véhicules. Il y a peu de temps encore, les militaires n’auraient certainement pas hésité à faire feu sur les manifestants, mais, aujourd’hui, avec l’approche des Jeux olympiques, le monde entier a le regard tourné vers la Chine et le mot d’ordre consiste à éviter autant que possible les méthodes radicales habituelles. Il semble même que la demande de libération des porte-parole tibétains et d’abandon du projet d’exploitation des réserves de minerai dans la montagne sacrée, aurait été entendue. Mais le sentiment de la population reste mitigé: d’une part on exprime sa joie face à la petite victoire et, d’autre part, on craint des représailles après les jeux, comme cela s’est déjà produit de nombreuses fois dans le passé.

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