Alors qu'une vingtaine de personnes ont été jugées, fin décembre 2008, dans l'affaire du lait frelaté en Chine, dont les dirigeants de Sanlu, l'entreprise au coeur du scandale, le 31 décembre, à Shijiazhuang (province du Hebei, nord de la Chine), les parents des bébés victimes du lait dénoncent le silence imposé par les autorités.
Les parents des enfants ayant été hospitalisés recevront, en outre, quelque 2 000 yuans (200 euros) en guise de réparation. Les familles de ceux qui ont dû être opérés recevront une somme légèrement supérieure et les parents dont l'enfant est décédé après avoir avalé du lait contaminé par la mélamine (6 morts ont pour l'instant été comptabilisés) percevront près de 200 000 yuans (20 000 euros).
"Ce n'est pas tant le montant des compensations qui nous choque, mais l'attitude des autorités) ; il y a eu une décision unilatérale, et ce n'est absolument pas acceptable pour nous", estime Zhao Lianhai. Ce père d'un garçon de 4 ans, qui, dit-il, est en bonne santé mais a ingurgité de la mélamine qui se trouvait dans des bonbons et des chocolats, diffuse en ligne un bulletin d'information pour les autres familles.
DES SOINS GRATUITS TOUTE LEUR VIE
M. Zhao a pris la tête d'un petit groupe de parents, venus de province, qui avait prévu de tenir, le 2 janvier, une conférence de presse à Pékin pour faire part de leurs doléances. La veille au soir, M. Zhao et quatre parents ont été arrêtés par la police et conduits dans un centre attenant à un camp de travail.
"J'ai été séparé des autres et interrogé pendant une heure sur les détails de la conférence de presse, a raconté, samedi 3 janvier, au Monde M. Zhao. Le lendemain, pendant sept heures, ils m'ont demandé d'annuler la conférence et de cesser de publier mon bulletin, ce que j'ai refusé."
En détention, les parents se sont entretenus avec les policiers et des représentants du ministère de la santé. "Ils nous ont dit que les mesures annoncées étaient pour l'instant un test et qu'il y aurait des ajustements, et que si on n'était pas d'accord, on pourrait en rediscuter après le 15 janvier", poursuit M. Zhao qui a été relâché avec ses compagnons vendredi dans la soirée.
D'autres parents du groupe, qui n'avaient pas été arrêtés, ont réussi à rencontrer quelques journalistes étrangers - la presse chinoise n'a pas mentionné l'affaire. Ils ont souhaité que les enfants puissent bénéficier de soins gratuits toute leur vie en cas de séquelles dues à la mélamine. Ils dénoncent enfin le fait que les hôpitaux censés traiter gratuitement les enfants refusent parfois de le faire.
"Nous allons continuer de préparer une action en justice au nom de 200 parents", dit Xu Zhiyong, l'un des avocats du groupe, joint au téléphone. En octobre 2008, maître Xu et ses confrères avaient proposé 12 000 yuans (1 200 euros) comme montant minimal de compensation pour les parents.
Lors du procès des dirigeants de Sanlu - les accusés ont été montrés à la télévision, la mine contrite -, le verdict, dont la date n'a pas été annoncée, pourrait se traduire par la peine de mort ou la détention à perpétuité, notamment pour l'ex-directrice générale du groupe, Tian Wenhua. Une manière, commentent certains observateurs, de livrer à l'opinion publique des boucs émissaires tout trouvés.