Pour la Chine, cette présidence tchèque de l'UE s'annonce sous de riants auspices, alors qu'elle aurait pu redouter des «chicayas» avec un pays sourcilleux sur les droits de l'homme et méfiant avec les régimes communistes. On a vu, jeudi, l'ambassadeur tchèque à Pékin jouer les bons élèves amicaux en contrepoint des trublions français. Vitezslav Grepi a assuré que les responsables tchèques ne rencontreraient pas le dalaï-lama durant les six mois de la présidence européenne. «Nous comprenons que c'est un sujet extrêmement sensible, a-t-il déclaré, et donc, durant notre présidence, nos actes seront en accord avec ces sentiments.» Sous-entendu, nous ne ferons pas comme Nicolas Sarkozy, qui avait encore sa casquette européenne pendant la rencontre de Gdansk. La sortie n'en reste pas moins savoureuse quand on se souvient que le dalaï-lama était en République tchèque il y a un mois, pour y rencontrer le premier ministre, Mirek Topolanek. De cela, Pékin ne semble pas tenir ombrage.
Quand il s'agit de traiter avec la 3e économie mondiale - rang nouvellement acquis -, la solidarité européenne a ses limites. L'ambassadeur de l'UE à Pékin, Serge Abou, a cependant appelé jeudi à un règlement rapide du conflit franco-chinois, estimant qu'il «n'est pas sain qu'un État membre important ait un problème avec la Chine». Pour l'heure, Pékin campe sur sa position. Le ministère chinois des Affaires étrangères a encore exhorté, mardi, Paris à «prendre des mesures concrètes pour corriger sa mauvaise approche des questions tibétaines». Les relations diplomatiques bilatérales sont totalement gelées. Et côté économie, s'il n'y a pas encore de drames, les hommes d'affaires français ont le plus grand mal à obtenir des rendez-vous «politiques».
L'Élysée, que l'on voit mal envoyer des excuses à Pékin, veut cependant profiter de la fin du mois pour mettre un peu de baume. Profitant du Nouvel An chinois et du 45e anniversaire de la reconnaissance de la République populaire par le général de Gaulle, l'Élysée a prévu le 27 janvier une «journée chinoise», avec exposition, réception et discours présidentiel. Il n'est pas sûr que cela suffise et le coup de froid risque fort de résister au printemps qui vient.