La police chinoise a ouvert le feu sur les manifestants, qui brandissaient des écharpes blanches et criaient «Tibet libre». Au moins deux personnes ont été tuées et une douzaine d’autres blessées, selon l’AFP, qui a pu joindre le service des urgences de la ville. «Bien sûr qu’il y a des morts, a déclaré une employée de l’hôpital jointe par téléphone, nous sommes très occupés avec les blessés, il y en a beaucoup ici.» Sur Radio Free Asia (RFA), une radio tibétaine basée et financée par les Etats-Unis, des témoins disent également avoir vu deux morts dans le quartier central de Barkhor. Les autorités ne donnent aucune confirmation.
Aux alentours du monastère Ramoche, des moines se sont mêlés à la foule. Toujours selon des témoins cités par RFA, «les manifestations ont éclaté simultanément en plusieurs endroits… Par moments, cela semblait organisé, et à d’autres, très spontané, de plus en plus de Tibétains rejoignaient la foule. C’est la plus grosse manifestation jamais vue à Lhassa.» Dans la soirée, les autorités chinoises ont placé la ville et ses faubourgs sous couvre-feu. De nombreux accès ont été bloqués par les policiers.
Une autre manifestation a eu lieu à Xiahe dans le Gansu, province voisine du Tibet où vit une minorité tibétaine. Entre 3 000 et 4 000 personnes, dont beaucoup de moines, selon l’organisation Free Tibet basée à Londres, se sont rassemblées. Parties de Labrang, l’un des plus grands monastères du bouddhisme tibétain hors du Tibet, elles ont rejoint le siège du gouvernement local. Selon Phayul, un site géré par des Tibétains en exil, des tirs auraient eu lieu.
Pire moment.
Un responsable officiel, dont le nom n’a pas été cité par l’agence Chine nouvelle, a dénoncé «la violence qui s’est traduite par des destructions, des coups, des actes». «Les troubles ont été orchestrés par la clique du dalaï-lama», a-t-il lancé, «le gouvernement autonome du Tibet a les preuves que ce sabotage était organisé, prémédité et orchestré». Le dalaï-lama a catégoriquement récusé ces accusations.
Les manifestations des Tibétains, qui s’amplifient depuis lundi, interviennent au pire moment pour Pékin. Ce week-end, le parlement chinois doit confirmer un nouveau mandat de président pour Hu Jintao. Celui-ci doit parfaitement évaluer la situation. C’est lui qui dirigeait le Tibet en 1989, lors des derniers importants soulèvements antichinois. Ils avaient été violemment réprimés. A l’approche des Jeux olympiques de Pékin, l’embrasement du Tibet serait catastrophique pour la Chine.